J'avais oublié cette descente pressée dans cette bouche béante où la masse s'engouffre, se précipite, marée humaine d'êtres sans identité, fondus, confondus, juste le balancement des corps, le claquements des pieds sur les quais, quatre à quatre les escaliers pour le train ne pas rater, un siège espérer et puis ça tangue et ça roule, les yeux encore lourds, si lourds, la main qui étouffe un baillement, un autre, le paysage défile, détritus, immeubles vérolés... bientôt l'arrivée.
<br />
Tous les jours je deviens un anonyme parmi les anonymes, et parfois, comme hier, quand un fou illumine la foule, c'est presque gai.<br />
Oui hier, dans le train, en face de moi, un homme bien sapé avec sa mallette pour aller au boulot, la tête monotone comme la mienne, comme celle des autres, et puis tout à coup il se met à crier<br />
:<br />
- Les rails ! Oh les rails !<br />
Et il se mit à les compter :<br />
- 3 rails, dix rails, quinze rails !<br />
J'ai d'abord cru, malgré tout, qu'il avait une oreillette et qu'il parlait à son Smartphone comme beaucoup d'autres, mais non, il s'est mis à crier :<br />
- Les trains ! Oh les trains !<br />
Il avait les yeux émerveillés comme un petit enfant, sauf qu'il avait son costume trois pièces, son attaché case et les chaussures bien cirées.<br />
Qui était fou dans le wagon, lui ou les autres?<br />
<br />
<br />