Depuis une semaine chaque soir et les week-end je me rends chez une dame de 85 ans pour lui préparer ses repas et essentiellement pour lui tenir compagnie. J'estime m'être faite "avoir" par l' ALE. Au départ je suis censée uniquement préparer les repas, ça c'est dans mes cordes. Lorsque je suis arrivée sur place, pour moi il était déjà trop tard pour faire machine arrière, ces gens étaient trop gentils pour que je les laissent "tomber". En fait je l'aide à se préparer pour la nuit, fais ses aérosols, les choses courantes de la vie que l'on fait pour les siens mais auxquelles il vaut mieux être préparé je pense lorsqu'on est "etranger". Ainsi, chaque jour il me faut lui expliquer inlassablement que je ne pourrais l'aider pour des besoins plus intimes, qu'il faut attendre le passage de l'infirmier que je serais physiquement incapable de la soulever car cette dame est impotente et ne sait plus se tenir sur ses jambes et croyez moi vivre la détresse de cette dame qui se refuse à "se laisser aller" dans un lange me brise le coeur. Alors, j'essaie de la distraire, de la faire parler. Elle évoque ses souvenirs, le temps passe et je n'ai pas le coeur à partir, alors je dépasse mon horaire, je ne le compterai pas et tant pis pour les inquisiteurs de l'Onem.
Ce matin en arrivant j'avais déjà eu un mini choc, par la porte vitrée je la voyais recroquevillée sur elle-même, je toque pour signaler ma présence. Pas de réaction. Je rentre (et ne riez pas) je tente de voir si elle respire. Pose ma main doucement sur son épaule. Après un p'tit bout de temps elle ouvre les yeux et son visage s'éclaire en me souriant. Lorsque je suis revenue à 17H ça n'allait pas du tout, et dire qu'elle avait le moral dans les chaussettes est peu dire. "C'est dommage que tu n'es pas arrivée plus tôt" me dit-elle, en fait elle avait eu une crise d'ashme. Je lui ai fait directement son aérosol, mais son moral j'ai pas réussi à le relever. cent fois elle m'a répété vouloir mourir, qu'il était temps qu'elle parte, que quand on est vieux...tu pars déjà! je vais être toute seule...
Je referme la porte et ma main se précipite dans ma poche pour extraire le mp3, je déroule les écouteurs, mets la musique un peu trop fort pour me "vider" la tête et ne plus écouter mon coeur...