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en colère...


En ce début d'après-midi, une colère froide m'a envahie. Dites-vous bien que lorsque mon regard s'assombrit cela n'augure rien de bon.

Les week-end je preste quelques heures dans un home. Le travail en lui-même n'a rien de pénible. Le plus difficile c'est l'investissement émotionnel. Il y a près de six mois, lorsque je suis arrivée, j'avais l'impression que les trois quart des résidents étaient sourds-muets tant ils étaient enfermés dans leur bulle. Et puis au fur et à mesure nous nous sommes apprivoisés tant et si bien qu'aujourd'hui les sourires et les petits mots gentils fleurissent. Ca me touche lorsque l'un d'entre eux m'appellent "mon petit", il y a aussi ceux qui s'empressent de ramasser leurs assiettes pour me faciliter la tâche et sont tout heureux que je les en remercie. Sans compter cette dame dont tout le monde évite les coups de canne imtempésifs, il y a deux semaines de son ton bourru elle me dit "attendez!" et saisit ma main, là je me dis : ouille, ouille, ouille c'est mon tour :-( et puis elle m'a secouée en me disant: "vous, vous êtes gentille c'est pas comme les autres, eux ils font semblant mais pas vous..." j'étais émue :-) d'autant plus que l'action n'étant pas passée inaperçue, j'ai eu droit à mon laïus à plus d'une table.

Ce n'est pas la première fois qu'une situation me choque, loin de moi l'idée de dire ou d'insinuer que les personnes sont mal considérées ou maltraitées, bien sur le personnel est agréable et compétent, mais il y a des moments où il m'est impossible de me taire où de faire semblant de rien. Ainsi il y a peu de temps après une "altercation" entre collègue j'avais rétorquer que celui qui n'était pas content n'avait qu'à me donner mon congé, je ne me tairais pas pour les 4,10€/h que je perçois, qu'à ce tarif ils trouvent quelqu'un pour venir travailler les week-end ça court pas les rues et de toutes façon que m'importe.

Pourquoi à cet instant m'être emportée? Il y a des personnes qui éprouvent des difficultés à manger seule, l'une d'entre elle tremblait tellement qu'elle n'arrivait plus à prendre avec ses couverts la nourriture où alors celle ci atterrissait soit au sol, soit sur elle, (imaginer les liquides..) lorsque j'en fis la réflexion l'on me rétorqua "on ne peut pas commencer comme ça, et puis on ne peut pas, les personnes qui ne sont plus capables restent dans leur chambre..." moi les "on peut pas" je connais pas! Alors je laisse pas un être digne de ce nom se débattre devant son assiette ou mourrir de faim devant elle. La deuxième source de conflit vint du fait que lorsque l'on remonte les personnes dans leurs chambres il faut les laisser là et elles attendent... ça non plus je ne peux pas si l'une d'entre elle veut aller dans son fauteuil et bien je l'aide, je soulève les cales pieds, approche la chaise roulante au plus près de son fauteuil, met les freins, et attends qu'elle soit bien installée, si elle le désire je lui dispose sa table, sa télécommande, ouvre, ferme rideaux et fenêtres, lui souhaite un bon après-midi et dès lors dispose.

C'est ainsi qu'en ramenant une résidente à l'étage, une autre m'appelle alors que je passe devant sa chambre. Je l'ai trouvée toute tremblante. Visiblement, en voulant s'asseoir seule dans son fauteuil elle avait renverser les objets se trouvant sur la table, son sac à main qu'elle tient toujours précieusement lui aussi était au sol et elle était à moitié effondrée en tentant de rattraper le tout. Je l'ai réinstallée et ai récupéré ses effets, elle pleurait alors j'ai voulu la rassurer en lui disant que ce n'était rien, elle s'excusait sans fin, je lui dit que ce n'était rien, que cela ne me dérangeait pas, qu'il n'y avait pas de mal, la pauvre ne pouvait plus s'arrêter de trembler et de pleurer "vous comprenez madame, je n'y arrive plus.." je ne savais pas comment la calmer, j'étais désarçonnée, finalement comme à un enfant qu'on console je lui ai carressée la joue. Elle a finit par se calmer un peu...

Voici d'où vient ma colère, de l'insensibilité. Bien sur c'est difficile jours après jours d'être toujours disponible et présent, bien sûr c'est un travail harassant et répétitif, bien sûr ces personnes souvent souffrent de handicaps lourds, bien sûr elles sont souvent incontinentes, mais bon sang qu'on soit infirmier(e), médeçin(s), professeurs, où derrière un bureau à gérer des cas administratifs est il utile de laisser sa conscience où sont coeur chez soi? Et si l'on se disait simplement : cet homme, cette femme, cet enfant devant moi pourrait être mon père, mon frère, mon fils, ma mère, ma soeur, ma nièce, ma fille, et si l'on se disait un jour "il/elle" pourrait être "moi". Est-ce que j'apprécierai qu'on le (me) traite ainsi?

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N
très bien pensé et juste , si vrai . :-)
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A
Moi aussi ça me révolte... pour beaucoup la disponibilité c'est zéro, l'empathie moins zéro...<br /> J'ai travaillé peu de temps dans un hôpital, mais sufisamment pour voir des choses qui restent gravées dans ma mémoires...<br /> gros bisous Fab.
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R
J'ai lu...et je te dis merci pour ces Personnes! Merci, par exemple, pour ma belle-mère, qui pourrait être une de ces Personnes que tu Respectes, que tu aides, que tu aimes...Depuis que je connais la maison de retraite médicalisée où est ma belle-mère, je me dis que pour faire ce que le personnel fait, il faut avoir la VOCATION...ou la bonté, la GENEROSITE pour principe de vie . Merci à toi!...Il y avait bien longtemps que je n'étais venue te voir: je vais corriger ça...A bientôt!
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A
Sans être impoli, il est intolérable de remettre ses parents dans de telle demeure et continuer à exprimer notre amour pour eux. D’un point de vue religieux, je me permets de citer un verset du coran qui nous ordonne de leur tenir compagnie durant leur vie. <br /> « Ton Seigneur a ordonné de n'adorer que Lui. <br /> Il a prescrit d'être bon envers ses père et mère. <br /> Soit que l'un d'eux ait atteint la vieillesse, ou que tous deux y soient parvenus, étant à ta charge, garde-toi de marquer la moindre répulsion à leur égard ou de leur manquer de respect. <br /> Parle-leur toujours affectueusement. Ne leur dit pas ouf, sinon tu déclare la guerre a Allah! <br /> Fais preuve, à leur égard, d'humilité pour leur témoigner ta tendresse. et dis: Seigneur ! Aie pitié d'eux comme ils l'ont été pour moi, lorsqu'ils m'élevèrent tout petit.<br /> »(Coran, Sourate 17 - Le Voyage Nocturne, verset 23) <br /> Fayçal
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J
Tu as bien raison de t'indigner, mais rassures moi : tu n'es pas la seule à avoir un peu d'humanité en ce lieu, j'espère
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