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Intemporel

Première participation à Ecriture Ludique, les mots sont proposés par Azalais : nigelle, pont, généalogie, soupière, mare, ossature, combiner, oublier, temporel, fondamental.
Merci de me laisser vos commentaires : j'espère que vous aurez autant de plaisir à lire ce texte que moi à l'imaginer! 
big bisous à tous!


-
        
Mamy ? Où il est papy ?

Marthe se désintéressa instantanément du désherbage méticuleux qu’elle avait entrepris autour de la gloriette. Sa main à l’ossature frêle, après une seconde qui lui sembla une éternité, se resserra brutalement sur le sécateur et d’un mouvement rageur taillada la nigelle malencontreusement placée sous son regard courroucé. Marthe afficha dès lors à l’intention de Pierre un sourire figé pour tenter de lui cacher ses réflexions par trop intimes et se redressa lentement. Marthe incarnait hypocritement la vieille dame qui se redresse péniblement tout en se massant les reins : il lui fallait  absolument combiner cet intermède pour donner le change à son petit fils, masquer son émotion. Arracher un temps de réflexion était essentiel pour lui donner une réponse appropriée et surtout pour contrer les élans de son cœur brisé qui hurlait du dedans : il est mort, Mort, MORT !...Quel gâchis, mon dieu !

-         Mamy ? reprit Pierre. Maman et toi vous allez aussi mourir ? Et papa ? Où il est ?
Il est mort aussi mon papa ?... et moi, mamy je vais mourir aussi ? J’ai peur Mamy ! Jérémy dit qu’on enferme les morts dans une boîte : qu’il y fait noir et puis on jette la boîte dans un trou et on met de la terre dessus, il dit que parfois on les brûle aussi…

Marthe éperdue de chagrin porta la main à son cœur, ses yeux soudain se remplir de larmes. Désemparée, elle voyait Pierre, son petit Pierre fourrager distraitement à l’aide d’une branchette la mare boueuse creusée par les dernières pluies. Ah ! Ma fille : tu peux être fière de toi, c’est réussit !

-         Il va être traumatisé. Lui avait t-elle dit. Ce n’est pas un endroit pour un enfant.

-         Enfin Myriam ! avait rétorqué Marthe. C’est son grand-père, ton père ! Il est fondamental que le petit assiste à l’enterrement. Sinon, comment pourra t-il faire son deuil ?

-         Maman, je t’en prie : revoit ta généalogie. Tu ne peux pas oublier que mon fils est un bâtard ! Qu’il n’est pas digne des « MERCIER ». que ton mari, mon cher père m’a jetée dehors et a coupé les ponts dès qu’il a appris ma « déconvenue » ?
« La soupière est pleine » m’a-t-il jetée à la figure, pars et ne revient plus. Moi vivant, tu ne déshonorera pas cette maison » ajouta ce « père  aimant » avant de me jeter à la rue ! Si tu n’avais pas été là pour m’aider que serais-je devenue ? Enceinte, étudiante, fille mère : je n’avais rien, je n’étais plus rien, abandonnée par Emmerick et reniée par mon « père » !  Alors, pourquoi Pierre, l’objet de son déshonneur, devrait-il assister à ses funérailles ? Il ne l’a jamais regardé !... Moi-même je n’y viendrai pas, il y’a longtemps déjà que mon père est mort, demain c’est l’auteur de mes jours que tu ensevelis et je le méprise !...

Mamy….

Marthe sortit enfin de sa léthargie, elle ouvrit grand les bras à Pierre :

-         Viens là, mon gamin. Tu ne dois pas avoir peur. Tu sais tout est temporel : aujourd’hui tu souffres de ne pas avoir de papa, tu te poses des questions c’est normal. Ta maman tu devrais lui parler…

-         J’ose pas Mamy : maman elle se fâche quand je lui demande ! Je sais rien de mon père et c’est Jérémy qui m’a dit que Papy il est mort !

-         Ta maman t’aime très fort, tu sais. Dit Marthe. Et moi aussi. C’est vrai que Papy est mort mais tu ne dois pas avoir peur. Quand on s’aime très, très fort : comme nous (lui dit elle dans un chaud sourire) on ne se quitte jamais vraiment on vit pour l’éternité dans le cœur de l’autre ! Marthe ponctua sa phrase par de sonores bisous…
Alors, dans très longtemps, car je ne vais pas mourir tout de suite rassure toi : quand tu verras un magnifique arc-en-ciel ce sera comme un pont magique qui un instant se matérialisera pour te rappeler que tout la bas dans le ciel je veillerai sur toi !

-         Je t’aime Mamy !

-         Je t’aime mon petit Pierre…

 

 

 

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F
merci encore à vous tous pour vos encouragement : franchement, ça me fait "chaud au coeur"<br /> big bisous<br /> fabienne
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P
Merci pour ce texte sensible. Belle performance d'avoir su évoquer la difficulté de raconter la mort aux petits.
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M
ton texte n'a rien de mièvre, il est absolument magnifique !Et les dialogues sont parfaits. Sujet très bien traité... Vraiment très bon !
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F
superbe...<br /> ce n'est jamais simple de parler de la mort, encore moins à un enfant... et là, l'histoire de cette famille complique encore les choses... Ton texte évite d'en faire trop, décrit à la perfection le trouble de la grand-mère, l'enfant pas tout à fait conscient de ce qu'il dit... grand bravo pour cette première participation :-)
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F
merci à vous tous. c'est une première et comme pour toutes les premières fois on est nerveux et coeur battants. a vrai dire j'avais peur que ça fasse un peu mièvre. n'ayez pas peur d'avoir la "dent dure" si néccessaire!<br /> big bisous<br /> fabienne
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