la petite fabrique

Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /2009 08:22

Participation à "la petite fabrique d'écriture"
thème : "et si nous déménagions"

  • Qu'est-ce que tu fais?
  • Tu le vois bien : j'emballe mes noisettes!
  • Mais...
  • Je ne veux rien entendre, tu ne me feras pas changer d'avis : je pars
  • Les enfants, tu as pensé aux enfants? Que vais-je leur dire?
  • Que tu me casses les pattes depuis trop longtemps, et que trop, c'est trop!


Il arrive sur le seuil de la maison, embrasse le paysage, gonfle ses poumons de l'air frais et pourtant si doux, si enivrant. Surtout, surtout ne pas se retourner, ne pas écouter les sanglots des petits serrés l'un contre l'autre, ne pas voir les larmes qui coulent de son coeur pétri de douleur. Non, se concentrer, se concentrer sur ce parfum inestimable de liberté recouvrée, se bercer uniquement de la promesse du vent qui bruit dans les branches, voir uniquement l'or doré des feuilles, le sang, la sève qui bat à nouveau dans ses veines, si fort, si vif


Son pas lourd et trainant l'amène sur le seuil de la maison, elle s'y arrête un instant, regarde autour d'elle, retardant l'ultime instant. Sa main serre convulsivement un mouchoir détrempé de tant de douleurs qu'elle ne sait exprimé tant elles s'inscrivent au plus profond de sa chair, de son coeur. Il est parti, il ne reviendra plus, jamais plus. Elle voudrait hurler de détresse, s'insurger contre l'injustice de la vie, invectiver les dieux, maudire la terre entière. De longs frissons la parcourent, elle ressert autour d'elle sa veste et dans un long soupir sort la clé de sa poche, le grincement cache à peine son gémissement, ombre de son ombre, elle glisse sur le côté, ferme les volets, réajuste l'affiche « à vendre » arrive à peine à respirer.


  • Bonjour voisin, z'avez-vu la pauvre p'tite dame? Si ça fait pas mal au coeur, un si gentil p'tit couple.
  • Qu'est-ce qui lui arrive?
  • Z'êtes pas au courant? Mais tout le monde ne parle plus que de ça! C'est le monsieur, un accident de voiture, il s'est encastré dans une balustrade. Si jeune, le pauvre, c'est vraiment pas juste il était si gentil, si respectueux du voisinage et avec ça toujours une graine ou une noisette, un nid ou une nouvelle maisonnette à mettre en place en vue de l'hiver. C'est un ivrogne qui l'a tué, il s'est même pas rendu compte, il marchait même plus droit et tenait à peine debout quand il est sorti de son véhicule, y a fallu l'embarquer, il vociférait, invectivait sa victime, à peine s'il frappait pas dessus... Ah! Bonjour m'dame, je disais à vot' monsieur...


Il se retourne, elle est là, les yeux humides, drapée dans sa queue, si rousse, si belle, les enfants sont dans l'embrasure, le plus petit renifle encore. Il se sent misérable, quelle folie! Il lui sourit, lui tend la patte, sans un mot elle y glisse la sienne, compatissant au drame de ces humains.


Elle se retourne, respire, ses poumons lui font mal, tout lui fait mal. Son regard se perd dans les branchages. Bizarre, on dirait que ces écureuils me regardent... ils espèrent sûrement les noisettes que tu leur laissais... Allons, il faut partir


Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Publié dans : la petite fabrique
Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /2009 18:11

Il s'avance

Ne dit rien

Juste 1 sourire

doux, conquérant

 

Il tend la main

Pour qu'elle y pose

Légère la sienne

 

Sur la piste

Ne se lâchant

Ils s'avancent

 

Sa main se pose

Sur sa taille

Elle l'enlace

 

Chaleur fugace

leurs corps se trouvent

leurs corps s'épousent

 

Slow langoureux

Pour 2 enfants heureux

Ils se respirent

Des étoiles dans les yeux

 


 

 


Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Publié dans : la petite fabrique
Dimanche 15 février 2009 7 15 /02 /2009 00:57


 


Jeanne


C'était l'été de mes quatorze ans. Comme chaque année je passais les vacances chez ma grand-mère... c'était l'été de mes quatorze ans, premiers émois, premières envies, premiers désirs... la première fois aussi où je me retrouvais à ne pas gambader un peu partout, à sauter au dessus des barrières. Je me retrouvais assise dans le fauteuil rouge de mon grand-père celui qu'il aimait tant, celui qu'il avait tant aimé. Jambes repliées sous le menton entourés de mes bras je pensais... Je ne remarquais son regard inquiet, jusqu'à ce que n'y tenant plus par ce soudain changement son essuie à la main entre la cuisine et la buanderie elle s'arrêta

  • tu t'ennuies?

  • Non..

  • tu préfèrerais ne pas venir cette année

  • Noooon!

  • Quelque chose ne va pas?

  • Non, tout va bien

  • ...

Ce n'est pas mots à mots la conversation que nous avons eue mais l'essence en est là. Me rendant compte que malgré moi je l'avais inquiétée je me forçais quelque peu à reprendre mes activités « habituelles », et chassez le naturel il revient au galop j'eus tôt fait de ressauter par dessus le grillage pour gambader dans la campagne entre les coquelicots et les champs de blés, même et surtout si c'était pour aller rêvasser plus loin.


Cet été là ma grand mère me surpris. Elle si indépendante me demanda de l'aide. Moi je ne demandais pas mieux, j'eus plaisir à l'entretien des sols, des vitres. Mais plus étonnant un soir elle me demanda de l'aider à laver son dos. Elle m'amena ainsi habilement à l'entretien qu'elle souhaitait avoir avec moi. Celui provoqué par les changements qui s'opérait en moi, elle me parla de l'être, du paraître. Je la revois assise sur la chaise entre le feu et la table de cuisine. Elle se déshabilla tandis que je saisissais le gant de toilette, le plongeait dans l'eau délicieusement chaude et frottait le savon jusqu'à ce qu'il mousse. Ses bras étaient serrés contre son corps. Je commençais à laver son dos tout en conversant. Elle m'amena exactement là ou elle le souhaitait, au fil de la conversation je découvris que ma grand-mère suite à un cancer avait subi l'ablation d'un sein. Une cicatrice incroyable traversait son buste.


Nous avons parlé longtemps, de son premier enfant mort bébé, de son cancer, de la naissance  de mon père, de la féminité, de l'amour, de son frère, de sa jeunesse... jusqu'à ce qu'elle me dise qu'il était temps qu'elle se rhabille avant de mourir de froid.


Cet été fut le dernier. Nous avions envisagé toutes les deux que je vienne vivre chez elle. Son état de santé déclinait et moi j'aurais tant voulu vivre chaque instant de ma vie avec elle. Nous tirions des plans sur la comète, elle me parlait de Don Bosco, des études qu'y avait poursuivies mon père, nous parlions de mes futures études, nous nous organisions...

L'explication fut « orageuse » ma mère refusa de me laisser partir...


Le 16 septembre 1976 elle est décédée après être restée à genoux pendant trois jours sur le carrelage froid accrochée à un pied de la table sans avoir la force de se relever. Trois jours à ne pas pouvoir attraper les médicaments qui étaient tombés et qu'elle ne pouvait plus rattraper. Pourtant certains s'étaient engagés la sachant malade à venir la voir si elle ne venait pas chez eux de la journée, mais... trois jours, trois jours sur un froid carrelage, seule, accrochée au pied d'une table...


Après son décès j'ai failli bousculer dans la pure folie. La nuit je rêvais d'elle, je « vivais » si intensément ces rêves qu'ils semblaient réels. Le jour la « réalité » revenait en boomerang : elle était décédée. Un moment je ne distinguais plus le faux du vrai.


Aujourd'hui plus de trente ans après l'amour qui me liait à elle est toujours aussi intense. Hier, en allant passer un examen médical j'eus le coeur broyé en gravissant le chemin. Je savais trop que juste derrière la courbe, il descend jusqu'à la morgue...


Je garde d'elle l'image d'une femme droite, fière, altière. Lors de nos promenades, mon bras passé sous le sien, mains enlacées, son pouce qui carressait toujours le mien. Il y avait tant d'amour et d'affection, de tendresse. Pour moi elle est plus qu'une grande dame, elle est celle qui m'a guidée avec autorité s'il le fallait mais toujours avec tant d'affection, celle auprès de qui depuis la plus tendre enfance je me précipitais sautant de ses genoux à ceux de mon grand père, les couvrants de baisers, nouant mes bras autour de leur cou. Chaque été, chaque noël, chaque vacances je dormais avec elle, Bernard mon frère dormait dans l'autre chambre avec notre grand père, elle s'étonnait toujours de mon sommeil agité, je grinçais des dents, donnait des coups de pieds, et pourtant elle ne m'a jamais réveillée...


C'était une grande Dame, c'était plus que cela, c'était ma grand mère, c'était Jeanne, c'était mon coeur, c'était mon âme.





Ecrire un commentaire - Voir les 18 commentaires - Publié dans : la petite fabrique
Dimanche 5 octobre 2008 7 05 /10 /2008 00:04
je suis venue vous dire
qu'il y a des jours
on voudrait s'endormir
à jamais en finir
retrouver dans le froid
d'une tombe ceux qui
ceux que l'on aimait

je suis venue vous dire
que ce soir
je voulais juste votre
doux, votre bel amour
et pas de fausses hypothèses

il est de ces jours ou face
à ses manquements,
face à ses errements
confronté à un monde vide et
si froid, sans amour, sans ami
on a l'impression de n'être rien

une feuille ballotée par de mauvais vent
une âme perdue dans le néant

mon coeur béant saigne en ce moment


Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Publié dans : la petite fabrique
Mercredi 11 juin 2008 3 11 /06 /2008 21:28

 

Pour la petite fabrique d'écriture

« je me souviendrais de tout »

Texte en soutien aux blogs censurés Tunisiens
voir khanouff 

Jusqu'au dernier de mes jours

je me souviendrais de tout

de la dignité insensée

de ces hommes,

de ces femmes

maintenus à genoux

par des militaires

qui les tenaient en joue

 

Jusqu'à mon dernier souffle

je me souviendrais de tout

de cette immonde poussière grise

soulevée par les trop nombreux cortèges

où des mères mortes habillées de noir

mènent le coeur brisé en terre froide

les fils chéris morts pour l'arrogance

la folie d'un trop puissant gouvernement

 

Jusqu'au dernier de mes jours

je me souviendrais de tout

des innombrables villages

amas de pierre et d'hommes

tout comme toi Rdayef

qui se teinte de rouge

 

Jusqu'à mon dernier souffle

je me souviendrais de tout

que pour naître libre et le rester

il nous faut sans cesse ouvrir les yeux

sur le monde et ses dures réalités

qu'il nous appartient sous peine d'y participer

de dénoncer les injustices, les atrocités

 

Jusqu'au dernier de mes jours

je me souviendrais de tout

des silencieuses répressions

de gouvernements autoritaires

qui chaque jours, chaque heures

a l'ombre de la lumière médiatique

sous la férule de l'absolutisme

censure les blogs épris de liberté

 

Jusqu'au dernier de mes souffles

je me souviendrais

de la sourde douleur qui t'étreignait

de ton coeur meurtri qui en saignait

Jusqu'au dernier de mes souffles

je me souviendrais

d'élever ma voix même si elle est minoritaire

d'en appeler à plus de justice, d'équités

de chanter ton nom : LIBERTE

 

 

 


Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Publié dans : la petite fabrique
Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /2008 10:12

Visages crispés, corps tendus, ils attendaient. Les uns faisaient les cent pas dans le couloir trop froid, d'autres se serraient fébrilement les uns contre les autres. Mains moites, tremblantes ou serrées, toutes adressaient à leur dieu leurs muettes prières.

Sous la lumière éclatante, penchées sur le corps inerte, les mains s'empressaient. Offrant toute leur dextérité à découper, écarter, dans la chair blessée. Le chirurgien se redressa.

- Il n'ya plus qu'à espérer...

Loin, très loin, les Mains prirent le relai. Patiemment les doigts gourds usés par le temps, il renouait les fils de la trame du destin. De prier il n'avait l'usage ni le temps. Il est l'Artisan.


Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : la petite fabrique
Mardi 11 mars 2008 2 11 /03 /2008 00:36
gares.jpg

Ticket s'il vous plaît...

 

Le crissement régulier des roues sur les rails finissait par mettre ses nerfs à vifs! Enfebani abandonna sa lecture. De toute façon les lettres dansaient devant ses yeux, ses pensées s'envolaient sans fin. Elle jeta un regard circonspect sur les autres voyageurs : deux adolescentes aux mines énamourées, des jeunes blasés, d'autres turbulents. Un vieux couple : lui bedonnant, elle sèche au sens propre et figuré, une bonne-soeur. Plus loin, des navetteurs bruyants jouaient aux cartes... 

  • « billets, svp »

  • ...

  • « bon voyage »


Bon voyage! Il en a de bonnes le contrôleur! Moi, je voudrais descendre de ce train, tirer sur le signal d'alarme pour sauter, rouler dans l'herbe fraîche comme les héros dans les films d'action! Oui mais voilà, on ne saute pas en bas d'un train fou, d'un train fantôme : on se romprait le cou...


Enfebani observait les passagers. Rit jeunesse, se dit-elle. Profite, si tu savais! Bien vrai cet adage « jeunesse si tu savais, vieillesse si tu pouvais ». 

Jeunesse si tu savais, tu ne t'égarerais pas dans les halls de gare! Tu profiterais plus intensément de tes escales... Vieillesse si tu pouvais retrouver la flamme des grands départs, jouir des rencontres inopinées sur les quais bondés...


Celui-là ressemble à un dogue, et celle là qu'est-ce qu'elle est ridicule à le regarder avec ses airs de chatte déjantée! Encore, si elle avait 20 ans de moins! Un fonctionnaire? Oui, c'est le style... et celui-là qui n'arrête pas de se curer le nez! Beurk! Dire qu'il va serrer la main de quelqu'un après ses investigations...


Il y a longtemps... nous nous étions retrouvés par hasard dans un autre train, vers une autre destination... Enfebani sourit.


Le train dans un souffle ralentit et voici un nouveau quai de gare. Le voici qui s'arrête. La voici à destination.


Elle se lève lentement, d'une main lasse défroisse son vêtement et se dirige vers les portes de sorties. Déjà se profilent les quais grouillants. Elle se faufile dans cette foule insensible. Qui sont ces gens? Où vont-ils? Y' a t' il quelqu'un qui les attend? Pourquoi, vers qui, vers quoi courent-ils?


Un clochard, un autre... un musicien, un homme, une femme avec son chien.


Enfebani grimpe la volée d'escalier, débouche à l'air libre, croise des agents de sécurité, une vieille dame avec un chapeau démodé. Elle avance, poursuit sa route et disparaît au loin mangée par la foule anonyme.


Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Publié dans : la petite fabrique
Jeudi 21 février 2008 4 21 /02 /2008 07:13
Tu prends la première à droite
juste après il y a un virage à 45°
négocie le bien  
tu verras il est dangereux
Ensuite, tu suis les méandres
 
Evite les zones sombres
c'est là que réside le danger
Ne flâne pas en route
ta mission est primordiale
tu ne dois surtout pas l'oublier

Va aussi vite que tu le pourras
Il y aura, ici et là, des zones sclérosées
des culs de sacs infranchissables
Focalise toi sur ton objectif 
tu ne dois jamais te retourner
Encore moins hésiter

Allez : go! go! go!
file et va prévenir
le centre nerveux
tu lui dis d'ordonner
"souris et cligne de l'oeil droit
en lisant ce texte sur OB"




Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Publié dans : la petite fabrique

Profil

un geste pour la planète

<a href="http://www.viande.info/"><img style="border:none" src="http://www.viande.info/fichiers/visuels/animations/greve-viande-Copenhague/greve-viande-Copenhague-2009--480x188.gif" alt="Grève de la viande pour Copenhague 2009" width="480" height="188" /></a>

Blog photo

http://parcours.over-blog.org/

Voilà mon p'tit nouveau! Un blog qui servira à illustrer à l'aide de mon p'tit appareil photo les chemins parcourus :-)
big bisous

Derniers Commentaires

Recommander

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés