fragile regard
tremblant comme une feuille
fragile comme un roseau
ployant, pliant, se fracturant
ne pas laisser s'éteindre
sa flamme, venir le froid
se souvenir d'etre l'oiseau
danser tel le papillon bleu
d'une vieille chanson
Âme sensible ou prude s'abstenir, sans nulle grivoiserie, voici un essai d'un genre nouveau.
Pour la première fois de sa vie et sans doute la dernière, à l'avance, elle est là. Ce rendez-vous est si particulier. Elle progresse lentement vers la fenêtre, écarte du bout des doigts les tentures qui occultent la lumière. Anxieuse, elle tremble un peu. Et si, et si : s'il ne venait pas! Sa main resserre frileusement les pans de son peignoir.
Derrière elle le décor est planté : lumière tamisée et bougies parfumées pour habiller sa fébrile espérance; pas de musique, juste le silence. Sur la table basse deux verres, une carafe d'eau : pas d'alcool surtout! Il lui faut ce symbole de source, de pureté; pourra t'il s'en contenter?.. « Oui, s'il m'est destiné... Et si, et si je ne lui plaisait pas? Si... si finalement je ne l'aimais pas?... » L'attente est troublante. « je suis folle, je le savais déjà mais cette fois... »! Ses yeux se ferment sur son désarroi.
Ils ont convenu ensemble de cette mise en scène. Ils se connaissent sans se savoir, à peine leurs noms, leurs prénoms. Elle a peur que son corps fatigué ne le repousse, l'éloigne à jamais. N'eut-il pas mieux valu garder ses distances, se rêver, s'illusionner? « Tu n'as plus l'âge de ce genre de déraison ma pauvre fille ... j'attends encore cinq minutes et je m'en vais... ». Mais elle sait qu'elle se ment, elle ne partira pas.
Et puis... le voilà. Il ouvre silencieusement la porte. La moquette étouffe ses pas. « Mon dieu, cette tension va me faire mourir » se dit-elle! Elle l'entend, il est tout près d'elle, son souffle la respire. Sa main se pose sur son cou, effleure sa joue. Alors elle penche la tête et s'abandonne à sa caresse. Sa main glisse, il l'enlace, la serre contre lui. Son coeur bat de plus belle. Un voile l'ensorcelle...
Tu n'as pas changer d'avis? Il est encore temps... Sa voix rauque la rassure. Ainsi lui aussi à peur!
Souffle court, elle ferme les yeux, secoue doucement la tête en signe de négation. Alors dans un geste d'infini tendresse il lui place le bandeau sur les yeux ainsi qu'ils en avaient convenus. S'ils ne se revoient plus, sans l'image détruire, se perpétuera à jamais la magie d'un instant de douce folie.
Il vient poser l'une de ses mains sur les siennes qui reposent sur son ventre, de l'autre il remonte en effleurant sensuellement le lobe de l'oreille. Sa bouche vient au rendez-vous, la frôle, elle se pose, la goûte, la mordille. Une brûlure soudaine enflamme ses reins, mord son ventre, attise son désir. Elle se fond en lui, toute raison abandonnée. En cet instant béni, elle n'est plus que passion et volupté. Il glisse sa main dans l'échancrure, se saisit d'un sein.. Elle gémit, sa tête sur son épaule roule, corps serré, intimement plaqués, elle sent dès lors sa virilité.
Conquérant déjà il la contourne. Se positionne devant elle. Elle ressent par toutes ses fibres son regard qui la détaille; elle en tremble tant que pour un peu...
Tu es si belle...
« Moi?! L'enchantement disparaît : « il se moque de moi! »
A peine le temps de se raidir. Il poursuit sa progression, ses mains écartent le tissu qui glisse sur le sol; il explore ses vallées de satin. Promesse d'un océan de plaisir, le lit tout proche les appelle. Elle lui prend la main, le guide. Ensemble, ils ôtent le bandeau et se sourient...
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