participation fureur de lire

Vendredi 24 août 2007

J’ai besoin d'une gomme. D’une jolie gomme. Une gomme bicolore : avec un côté orangé tout doux pour surtout ne rien dénaturer, préserver la texture tendre et douce des lisses pages
de ma vie. L’autre face se devra d’être bleutée. Impérativement elle sera plus dure car sa tâche sera laborieuse, voire carrément ingrate. Dans son intérêt (et le mien), ce côté se devra d’être super abrasif car il lui faudra au plus tôt s’habituer à être sans cesse sollicité
afin d’anéantir des égarements trop tenaces.  Sans relâche il lui faudra gommer les digressions,
les faiblesses d’un jour; toutes celles qu'on voudrait à jamais oublier mais aussi le cortège infini des inévitables, des équivoques, tous les innombrables apocryphes ! Il ne lui faudra pas, la pauvrette, être une gomme ordinaire ni rechigner à la tâche car la liste, avant même qu’elle ne prenne son service, est déjà si longue et sa grille horaire de prestation trop surchargée pour une vulgaire journalière. En effet, elle ne pourra omettre de gratter les bêtises répétitives, ni celles pour lesquelles « on t'avait pourtant bien prévenue ! ». Il lui faudra aussi remédier aux aléas néfastes du passé, à toutes les déficiences enfouies au plus profond de la mémoire pour qu'à jamais elles disparaissent sous un énorme voile de poussière grise protectrice.
Oui, j'ai un besoin vital d'une gomme. Elle me permettra à chaque instant d’effacer les portes. Toutes celles qui se referment, derrières lesquelles je reste penaude, anéantie, murées de par leur froid refus de s'ouvrir. Mais aussi celles qui restent obstinément verrouillées : soit que je n'ai pas obtenu la clef adéquate où, alors, toutes ces portes closes je les ai personnellement et stupidement cadenassées, claquées, repoussées du bout du pied. Le pire de l'histoire c'est que tous ces passages que je désespère d'ouvrir, aujourd'hui encore, je les referme inconsidérément : soit par manque de discernement, soit par négligence ;   peur de les ouvrir ? De découvrir l’envers
du décor ?

Néanmoins, plus que tout, j’anéantirai à jamais toutes celles que j'ai laissées ouvertes et que personne n'a jamais franchies. Adieu les spectres !

Il me faut une gomme et je l’aurai, c’est une question de survie, tant pour annihiler le temps et l’espace, qu’éradiquer à tout jamais toutes les horloges, toutes les minutes, toutes les heures.
Que ne soit plus jamais les ans, les siècles,  les naguères, que demain tu sois à nouveau mien !

 

ù

 

J’ai besoin de crayons ! Oui de beaucoup de crayons : des crayons de toutes les couleurs pour peindre le gris de la vie, déchirer le voile de l'oubli ; exploser les taches immondes de l'existence. Je ne veux plus que des bleus ciel pour estomper les bleus de l'âme; des crayons rouges carmin, pour remplir les brèches d'un coeur brisé. Un crayon blanc. Oh oui ! Surtout un crayon blanc : pour une once de pureté; un jaune crayon "rayon de soleil" pour éprouver au plus profond
de ma chair, de mon âme son éclatante chaleur, épanouir mes pores ! 

Des milliers de crayons, il me faut des milliers de crayons, pas un ne sera de trop : des bleus,
des rouges, des jaunes, du vert à l'infini, une implosion de couleurs pour un festival de bonheur; une palette multicolore pour m’illuminer de rires en cascades.

 

ù

 

Si j'ai tant besoin d'une gomme ce n'est pas pour effacer mes erreurs, nos erreurs, ma mémoire.
Le bien, le mal : surtout ne pas les faire disparaître car ils sont parties intégrantes du passé,
du présent, de mon devenir : tout ce qu’il me reste de toi. J’ai besoin de crayons non pas (bien que je l'avoue cette éventualité soit infiniment tentante) réécrire l'histoire mais pour la poursuivre, changer le temps et l’espace. Cela fait un peu pompeux mais l'on s'accroche à ce que l'on peut.
Je côtoie tant de fantômes : tant et tant d'être chers déjà disparu. Certains départs nous font plus de mal que d’autres, mais nul ne nous laissent complètement indifférent, intact. C'est pour ça que j'ai un besoin vital de ces petits bouts de bois colorés. Je les utiliserai à bon escient.
Je commencerai par dessiner un immense bouquet de fleurs. Des roses et des œillets, avec une touche de marguerite et de freesias, je l’entourerai délicatement de fougères et te le présenterai paré d’une dentelle arachnéenne qui rassemblerait les tiges tendres sans les blesser.
Jour après jour, je t’offrirai jusqu’au dernier de mes jours, jusqu’au dernier de mes souffles,
un bouquet d'amour et de tendresse tout teinté de détresse, de tristesse, un bouquet qui nous ressemblerait. Parce que je t'aime.

ù

 

On dit que le temps efface le chagrin. Le mien est un aiguillon qui me lancine et ne me laisse
nul répit. Tu restes présent à chaque instant et mon cœur meurtri en explose de douleur. Je t’aime infiniment malgré le temps qui s'étire et te dissous. Je t’aime à en mourir, mais je ne sais comment te rejoindre. J’ai peur qu’en précipitant les choses je ne te manque, de rater le rendez-vous final, d’être précipitée sur une voie de garage et pourtant Dieu sait qu’il m’est insoutenable de respirer, de vivre sans toi !

Dans quel limbe vogues tu ? Où est ce pays lointain où tu es parti ? Je scrute les nuages, implore le ciel en vain, à mes prières nulles réponses ne viennent !  Je t'aime, j’ai beau le crier, le nier,
tu me manques toujours autant que ce triste jour de novembre ou dans la grisaille nous t'accompagnâmes dans le froid éternel de la tombe. La bise et le crachin étaient au rendez vous, ils s'accordaient parfaitement à notre peine et ne dénotaient pas dans ce sinistre décor.
Qui n'a connu ce genre de pièce ? Nous avons tous un cadavre, un fantôme qui suit nos pas. Certains s’en sortent mieux que d’autres et puis à chacun son tour n’est-ce pas ?
C'est un peu comme si nous avancions sur un tapis roulant, un escalator infernal. Tous, nous avons notre place réservée. À notre corps défendant dès la naissance un numéro nous est attribué, nous trottinons dès lors silencieusement, respectueux, chacun à notre tour exhibant notre ticket imperceptible au commun des mortel. Nous ignorons (et c’est heureux sinon : bonjour l’angoisse) quand viendra notre tour, ni quelle place nous est attribuée : bon gré, mal gré nous avançons ! Nul ne peut réfuter cette réalité. La mort est arbitraire et malveillante. Surtout lorsqu'elle touche un enfant. La mort d'un enfant n'est pas dans l'ordre des choses, c'est aux vieux de partir,
de laisser la place ! Alors pourquoi ? Pourquoi les anges nous quittent ils ? Vont ils vraiment au paradis ? Pourquoi la terre devient elle alors l’enfer ?

"Pourquoi ?" : mon leitmotiv préféré. Tant et tant de fois et sur tous les tons j'ai lancé ce petit mot. Interrogatif ou réactif. Indigné. Parfois, expression du plaisir lorsqu'il surprend agréablement. A dix ans je chantais "allo, maman bobo, maman comment tu m'as fait j'suis pas beau, allo maman bobo, allo maman...bobo". C’était un succès, un tube à l'époque. Quelques trente ans plus tard je me rappelle ce petit air, cette chansonnette plus profonde qu'elle n'en avait l'air et je m'interpelle. Si l'on estime la durée de vie actuelle de 8O ans : je suis à mi parcours.
Quel bilan puis je tirer actuellement de mon cheminement ? Quelles sont les statistiques de ma vie, la balance m'est t elle favorable ? Voyons, voyons : du côté positif ? Que puis je inscrire ?
J’ai donné la vie... j'ai planté un arbre... j'ai un ami : ça c'est sûr il me l'a dit, aux pics effrénés
des pires tempêtes il sera encore là. Pour moi c'est ça la certitude du bonheur, savoir qu'il y a toujours quelqu'un qui ne vous juge mais qui vous aime. Positif ? Positif ? Quoi d'autre encore?...
Voyons l'autre côté : le négatif. Hum ! Ce ne devrait pas être trop ardu à rempli : cette partie est plus étoffée ! Hé oui, j’ai beau n'avoir que l'âge de mes artères, fréquemment je me sens millénaire, le poids des ans, de mes désastreuses expériences me pèsent. J'ai la sensation d'être sempiternelle, d'avoir déjà trop perduré et pourtant bizarrement de n'avoir pas encore réellement vécu, n’ai-je pas abandonné un peu trop vite mes rêves ? J’ai des valises pleines de projets qui n’ont jamais été déballés de leurs gangues poisseuses, écrasés dans le marasme quotidien.
J’ai du omettre de me réaliser. Paradoxalement, le temps me semble si long et si court, je me demande ou sont passées toutes ces années, ma jeunesse ? Et pourtant que les jours,
les heures, les minutes souvent me semblent longues et infinies. Le temps se tire et s'étire. Pourtant tout ce que je voulais du plus profond de mon coeur c'était : l'Amour,
la tendresse, le partage. Bref que des choses bien ordinaires somme toute : me fondre dans
la chaleur de l'amitié, me brûler, me consumer à la flamme de l'amour éternel, trouver l’autre, mon autre, mon double, mon jumeau, mon lego, celui qui m'était destiné, je serai tout pour lui,
il serait tout pour moi, ensemble nous franchirions les montagnes, nous n'aurions même pas besoin de parler pour nous comprendre, un souffle, un regard : nous nous saurions !

Adolescents nous en parlions, non ça c'est un lapsus, nous ne parlions que de "ça" entre copines. Perpétuellement engluées dans cette transe extatique de l'attente de l'amour, nous le cherchions, le scrutions, priions jour et nuit pour le dénicher, quel serait son visage, ses yeux, la couleur
de ses cheveux, nous n'en pouvions plus d'attendre, qu'il vienne enfin. Et si nous ne le rencontrions jamais, l’angoisse nous saisissaient : n'y a t'il pas plus de femmes que d'hommes ? Bigames : horreur ! Vieilles filles à la peau desséchée et crevassée : terreur ! Nous apprêtions tous nos artifices, soulignons de khôl nos yeux de biches, souffrions les hauts talons, scrutions nos reflets graciles dans les vitrines. Amour, amours... ah, si j'avais su ! À trop se presser on se brûle. Je me suis souvent ébouillantée. Je me dis souvent que nous languissions de ce que j'appelle le syndrome "Walt Disney» ! Toute une génération élevée dans la guimauve du royaume enchanté, celui ou la princesse jeune et belle après un périple inconcevable retrouve enfin
le prince charmant, musique douce et chant d'oiseau, main dans la main, yeux dans les yeux,
ils se serrent langoureusement dans un sourire éblouissant, une voix sucrée nous annonce alors : "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants"; n'oublions pas que les méchants étaient toujours châtiés!!!  Voyons ce n'est pas très sérieux et ça ne préparait sûrement pas à la réalité du chacun pour soi. Pourquoi personne ne nous a-t-il prévenu que ce n’était que des contes de fées ?
Des mensonges destinés à endormir les enfants ? Aujourd’hui est ce pire ? Est ce mieux ?
Nous vivons l’ère de la télé réalité. Quel choc culturel entre blanche neige, cendrillon et nos programmes actuels permissifs et voyeuristes ! Qui s'étonne encore après ça de l'incompréhension régnante entre les générations...

Le temps tisse sa toile. Je me demande s'il en est ainsi pour les autres : ce sentiment de duperie, de désir inassouvi ? Vous mes amies d’un autre temps, d’une autre vie : Anne, Cathy, Sonia...vous a t il mieux réussi, vous a t il comblée ?  Qu'êtes vous devenues ? Vous êtes vous mariées ? Avez-vous des enfants ? Nos chemins se croiseront ils un jour à nouveau ? Qui sait ?...

D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours aimé l’écriture, enfant ma bible à moi c’était
le dictionnaire, j’étudiais les mots pour oublier mes maux. Sur ma petite machine à écrire mécanique je noircissais inlassablement des heures durant les feuilles qui ne restaient longtemps blanches. Je me rêvais, m’imaginais « journaliste ». Le temps a passé. Je ne suis pas écrivain,
je ne suis pas journaliste, je ne sais pas trop qui, ni ce que je suis. Je me contente de poursuivre ma route jour après jour au mieux des circonstances et de mes possibilités. J’ai néanmoins maintenu l’amour des lettres, si je n’ai pas assouvi mes rêves de voyages, de conquêtes de terres lointaines, de rencontres magiques, j’explore encore les terres infinies de ceux qui laissent leurs témoignages, je m’évade dans les livres ! Ce qui me plait en eux c’est la passerelle qui unit l’écrivain au lecteur. Un temps d’évasion, de bonheur, d’interpellation, de découvertes, de ressourcement. Si j’aime écrire c’est que les mots sont l’encre de mes veines, l’ancre de mes joies, l’ancre de ma peine. Salés, sucrés, pointus, source de plaisir ou de tourments : ces jolis caractères tous, tour à tour, je les dessine avec tendresse, caresse leurs rondeurs, m’émousse à leurs piquants. Ces lettres tout en évoquant le passé me raccrochent au présent tissant insensiblement la toile hypothétique de l’avenir en m’empêchant de par leur essence de partir à la dérive d’un monde ou le quotidien se révèle si cruel parfois. Ces mots précieux, les lettres rondes, les abruptes, les sèches ou les tendres nous unissent. Notre univers reflète tant d’antagonismes : journellement l’abjecte côtoie la tendresse. Tant de guerres dérisoires, de rivalités stériles, l’inhumanité a marqué à jamais l’histoire de ses sanglantes veuleries.

J’ai besoin d'encre, une machine, un ordi, d’un stylo, de n’importe quel outil qui me permette d’écrire, d’extirper ce qu’il y’a en moi, en nous, de plus profond. Et tant mieux si le chemin
est ardu car pour te rejoindre mon amour, s’il me faut saigner les mots, les maux de l’amour, j’ouvrirai et mes veines et mon cœur pour affluer jusqu’à toi. C'est tout ce qu'il me reste : ce rêve insensé qu'un jour nous nous retrouverons de l’autre côté de la rivière. C’est ma seule raison d’encore « être ». Mon « moi » : néant anéanti, glacé d’effroi, fusionne avec le fleuve gris et froid de l’espérance qui porte en courant son flux ardent roulant sur les cailloux, distillé, reflué par les poissons d’argent afin qu’il se fonde dans cette nuit profonde où tu t’es sublimé ; et je prie tous les dieux pour qu’ils m’aident à aborder la terre lointaine ou tu t’est réfugié, je prie pour la perspective qu’un souffle de moi se pose auprès de toi. J’ai tant et tant pleuré quand tu es parti que j’aurais pu en noyer toute la croûte terrestre, les déserts à l’infini en auraient refleuri ! Si tu pouvais parcourir les sillons maudits du destin ils te murmureraient toute ma peine ! Dans cette improbable perspective, je me raccroche, et m’accroche et je veux peindre et dessiner et gommer tout ce qui me dérange, tout ce qui n'est pas nous, je ne veux plus que de l'amour, du rêve et de l'espoir, des lendemains qui chantent et nous enchantent. Je n’ai pas beaucoup de certitude mais j’en suis sure à 200 % : au bout de tous nos chemins rien ne subsiste que « l’Amour ». Qu’il revête la forme de l’ami, de l’amant, de l’enfant… L’amour c’est toi, c’est moi, c’est nous. Sentiment éternel. Seul moyen de remonter à la source. Lorsqu’il est sincère et profond, lorsque nous ne trichons pas c’est comme un lien éternel que rien, même la mort ne peut rompre.

Ton lien s’est rompu. Dans ma main, précieusement, je garde le mien : celui qui te rejoint.

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Mardi 21 août 2007

Poussière d’étoiles

5 heures. Ce matin comme tous les autres matins je me lève, descends l’escalier, ouvre la porte de la salle à manger, gros câlin au chien, le sortir…la routine.

La lumière jaillit dans la cuisine.

-Hou ! Une petite araignée noire…

Suspendue au rebord de la fenêtre la huit pattes, déroutée, se fige abandonnant subrepticement son travail de dentelle nimbée de gouttes de rosée. Toutes deux un instant semblons nous observer.
- araignée du matin : chagrin. J'en avais bien besoin !

Nonchalante, je contemple le lever du soleil, le ciel rougeoyant…. sur la ramille d’un buisson touffu : sombre et noir, un oiseau. 

Mon reflet se fond dans la vitre, je n’y perçois que deux yeux noyés de fatigue, tristes, éperdus dans un reste de brume nocturne où persiste un soupçon d’angoisse.

Lentement, tout en douceur,  ma main vient caresser du bout des doigts les fines rides qui entourent mes yeux :

- elles sont les lignes de mon histoire. Me dis–je  dans un murmure.

L’autre main, inerte, s’oublie le long du corps : tragédie d'une main désœuvrée...

Hier encore, cette même main s'accrochait joyeusement au bras d'une tendre dame, c'était un temps heureux : reposant sur le bras aimé, elle peignait de mille riens le temps et l'espace, tissant inlassablement sa toile de liens secrets. Telle cet oiseau, l'autre, impatiente, volait dans le ciel : désignant, interrogeant. Possessive et caressante elle s'immobilisait sur l'aïeule vénérée qui à son tour enserrait de la sienne la menotte amoureusement abandonnée. La main grandit : conquérante elle étendit son empire. En ces temps bénis, plus de craintes, de peurs…
Vacances de Pâques, de Noël : saisons de bonheur…

Un triste soir de septembre les mains noueuses, striées de veines bleutées, de la vieille dame reposèrent croisées à tout jamais. La faucheuse infâme emmura dans ses abysses infinis nos cœurs incandescents.

La mort est un bien cruel état pour celui qui reste, celui qui ne part pas. Savais-tu à quel point je t’aimais ? Je l’espère. Si souvent je t’ai retrouvée la nuit dans mes rêves : l’intervalle entre les rêves et la réalité est si éphémère, difficile souvent de s’y retrouver, de faire la part des choses ...

- Que ne donnerai-je pour retrouver le chemin du passé ! Tel un magicien empêcher la coupure du fil ténu de ta vie, ton souffle de s’évanouir, ne fut-ce qu’en cet  instant fatidique parfaire, ensemble, la route : tenir ta main, laisser nos yeux, nos coeurs parler... être là pour te dire : « adieu ».

Un chat. L’oiseau frémissant s’envole…Moi ? Moi, je reste figée devant cette fenêtre.
Mon ego s’y pose les mille et une questions de la vie : le bien, le mal.  La vie, la mort…
Quelles raisons d’être aux épreuves de la vie ? Les souffrances ne peuvent être inutiles !
Jour après jour ces cortèges sans fin charriés d’infamies : guerres, famines, déportations, expulsions ! Des enfants violés, mutilés, assassinés. Le sol souillé, la terre profanée, désenchantée ; tous ces crimes immondes perpétués au nom du pouvoir et de l’argent : dieu intemporel de la luxure. En dehors de cette triste réalité y’a-t-il réellement un « Dieu » ?
Une philosophie, une religion digne de ce seing ? Adam. Eve. Fûtes-vous notre genèse ? Cruelle punition que d’avoir laisser le libre arbitre à « l’homme » manifestement inapte à le déterminer…Comment terminerons nous ? Oubli ou éternel recommencement ?...Questions sans fin, sans réponses : lancinantes, exaspérantes.

Une vie après la mort ? Humm, tentant cette idée de te retrouver…J’arriverai : désincarnée, à la rencontre de mes aïeux, parée de mes ailes blanches, éclatantes de fraîcheur, nimbée d’une lumière dorée, éblouissante. L’ivresse embrase nos âmes enfin réunies, un bonheur sans pareil nous soulève. Ronde joyeuse, éternelle d’êtres fusionnés. A nouveau un !

Le chat quitte le jardin. De ses coussinets de velours il étouffe ses pas. Souple panthère noire miniaturisée.  Désabusé il s’éloigne lentement, frôle désintéressé, un jeune merle affolé.
Le monstre parti le jardin voit réapparaître ses hôtes ailés.

ÿ

Souvent, du bout des rêves, je me prends à imaginer qu'une main, délicatement, se glisse dans la mienne. Tendrement sans rien dire : mains enlacées, … aucun gestes, ni mots inutiles, il viendrait simplement comme le soleil sur un jour nouveau …

Folie que tout ça !

Allons secouons-nous ! Des pensées plus matérielles sont à l’ordre du jour ! D’abord : le café. Ensuite…

La sonnerie du téléphone retentit frénétiquement. Cœur battant je l’écoute déchirer le silence qui subitement semble prendre contenance ! Tremblante je saisis l’appareil

-         oui

-         cabinet du Dr.Gap. Nous avons les derniers résultats de vos examens.
Quand désirez-vous un rendez-vous ?

-         ….

-         Demain 15heures, cela vous convient-il ?

 

*

J’ai un couteau enfoncé dans le cœur et chaque seconde qui s’écoule voit pénétrer plus profondément la lame : froide, inexorable, sans espoir de cicatrisation. Je me brise sous le flux des sentiments qui m’inonde, de la rage impuissante qui m’anime !

Sous le regard indifférent des passants, les larmes inondent mon visage : incontrôlables, incontrôlées. Elles me brûlent. La fièvre me gagne : mon sang bat mes tempes.
Cogne mon cœur oui cogne ! Crie ta douleur, l’injustice t’étouffe, alors fait éclater le carcan, ce torrent de larmes semblable aux volcans qui grondent et se déchaînent, crachant lave et langue de feu n’est que la marque d’un brûlant désespoir… Mon menton tremble et l’émotion transperce, j’ai beau serrer les dents, balayer l’horizon du regard : rien n’y fait. Mon cœur est englué, serré dans un étau et mes lentes inspirations se terminent en de lamentables soupirs qui m’arrachent l’âme au lieu de me redonner contenance.

A 15 heures précise,  j’arrivais au cabinet du Dr Gap. Là, dans ce froid bureau aux murs blafards, sans appel ni espoir de retour,  tel un couperet le verdict est tombé : condamnée, condamnée à mort ! Voracement, cellule par cellule, un abject mal me dévore !...

 Froidement, d’une voix blanche, le médecin m’en a avisé :

-         3 ? Peut-être 4 mois … un an.

Tout dépendra de l’évolution de la maladie, chaque jour la médecine progresse…

La quatrième dimension, je viens d’entrer dans la quatrième dimension : c’est un cauchemar !
Je vais me réveiller c’est certain, au petit matin j’en rirai …

-         …nous mettrons tout en œuvre pour vous aider…

…Madame! …Voulez-vous un verre d’eau ? Quelqu’un vous accompagne ?

-         Non, non merci. (ma voix tremble, les mots, les sons sifflent, s’étranglent d’entre mes dents serrées qui s’entrechoquent)

-         Ma secrétaire va vous fixer un nouveau rendez-vous, je vous recommande de suivre dès à présent ce nouveau traitement, il retardera l’évolution de la maladie...

Sans réelle conscience, perdue, je me retrouve dans la rue. Me bousculant, un gamin me contraint à reprendre pied avec la réalité. Le poids, le sens des mots m’envahissent soudain. Non c’est impossible, pas maintenant, pas déjà ! Je suis jeune, en pleine force de l’âge : ma peau est fraîche et mes yeux clairs ont encore tant et tant à découvrir, de cieux nouveaux à explorer, il est trop tôt pour l’enfer !

Mourir ! D’y penser me fait entrer en « transe » ! Une peur maladive m’affecte physiquement ! La raison m’abandonne, transie contre le mur, paralysée, terrorisée : la nausée me prend. J’entrevois le tombeau, ressens mes os glacés, balayés par les pluies froides qui envahiront bientôt mon linceul se glissant de par les interstices pourrissants du bois de mon cercueil, déjà la boue s’étale sur mes chairs en lambeau que se disputent les vers !
Les mouches, les araignées rampent sur moi, me dévorent !  Aah !… et si en plus j’en étais consciente ? Qui m’assure qu’une fois trépassée, ensevelie je ne ressentirai plus rien ?
Que mes ongles désespérés ne tenteront d’arracher, d’écarter, en vain le poids de la terre qui me recouvrira ? Dans cette nuit noire et éternelle trouverai-je la lumière ?!...

Glacée de terreur, je longe les murs. Mes jambes engourdies peinent à me supporter.

 

*

J’ai la sensation d’avoir glissé dans l’existence et de temps à autre m’être éveillée à de jolis rêves ou de vilains cauchemars ! Pour moi avenir et lendemain, désormais, sont des mots vides de sens. Je regarde ma fille jouer dans le jardin, tout l’émerveille. Elle chante, court et danse. Riant avec les papillons, elle happe de ses doigts fébriles les gracieux coléoptères: des blancs, des jaunes, des rouges, soyeuse multitude frémissante se posant sur les épis de blés, égayant les liserons et les bleuets, s’enivrant, se gorgeant de roses et de coquelicots. Mon enfant : petite fleur, enfant fleur parmi les fleurs jouant dans le chaud soleil de l’été. Mon cœur se gonfle d’amour, déjà les larmes perlent mes yeux. Je les ferme un instant. Caressant ma peau, les ardents rayons de l’astre solaire m’apaisent : je me délecte du parfum de l’herbe fraîchement coupée. Près de moi, Mick endormit ronfle doucement. Le chat lové sur ses genoux ronronne, Rodolf (le chien) s’étire paresseusement. Au loin tournent les tracteurs,
les meules de foins s’arrondissent généreusement. Tout n’est que douceur et harmonie
Tandis qu’une brise vient rafraîchir nos corps langoureusement abandonné aux délices de l’été, la radio diffuse ses chansonnettes, la météo des plages…Mon cœur se serre de penser à toutes ces destinations inconnues et tant rêvées que je ne découvrirai jamais : le Nil, la vallée des Rois, les pyramides. Mes yeux ne contempleront ni la sauvage beauté des steppes de Sibérie, ni celle des lointaines îles enchanteresses, les cocotiers… le sable chaud des pays tropicaux … La mer… j’aime la mer : ses vagues éternelles et monotones… semblables au tic-tac du réveil qui me rappelle l’inexorable instant qui se rapproche ! D’y penser les larmes me remontent aux yeux. Je reste partagée par la nécessité de poursuivre mon chemin et un sentiment de panique et d’incertitude.

Cette douleur déjà familière je la réfute, cependant, j’ai beau lutter : la bataille est perdue d’avance ! L’amertume m’envahit de n’être qu’un pion sur l’échiquier du destin. De savoir le temps du bonheur par trop éphémère m’anéanti. Il me faut l’admettre : le compte à rebours est amorcé. De combien d’heures, de minutes, de secondes puis-je encore escompter ?!...

ù

Je ne suis qu’une infime poussière d’étoile, une âme tourmentée. Toutefois, je me hasarde à rêver l’immortalité : dans mon sang ne coule t-il pas le sang de mes ancêtres ? L’un après l’autre n’avons nous transmis nos gênes ?

Vous mes enfants au plus profond de vous mêmes portez un peu de mon histoire, un jour peut-être à votre tour la transmettrez vous. Depuis l’aube des temps il en va ainsi. Ce qui me brise c’est de penser que bientôt je ne vous verrai plus grandir, rire et danser dans la lumière, vous ne vous réfugierez plus contre moi pour étouffer vos chagrins, tendrement ma main n’essuiera plus vos larmes. Qui dans vos cœurs me remplacera ? Cette idée me déchire.

Je mourrai deux fois : la première lorsque mon souffle s’évanouira dans l’espace temps, ensuite lorsque vous m’oublierez ! Néanmoins, il me faut tout mettre en œuvre pour adoucir cette séparation, être forte alors que je me brise sous le flux des sentiments qui m’emportent
et me déchirent. Tant bien que mal je pose mon masque de sérénité, dissimule mes larmes,
le mal qui me ronge, me nourris de vos baisers mouillés, me réchauffe au contact de vos petits bras qui se nouent autour de mon cou alors que vous partez dans d’infini éclats de rires qui se perdent dans l’air du temps.

ù

Il me reste à dire adieu à tout ceux, à tout ce que j’aime. J’ai besoin d’une ancre alors je projette l’encre bleue de mon stylo sur les lisses feuilles blanches, elle sera désormais le lien entre mon passé, le présent et l’avenir. Intime et discrète confidente.  Me permettant de laisser une trace, d’estomper mes peurs et mes doutes : sans honte crier de douleur et de chagrin ! Fragile, je me sens si fragile: dans une impasse…Alors que je la perds, jamais la vie ne m’a parue si belle, si précieuse et éphémère ! Je redécouvre le chaud, le froid ; mes désirs, mes peines sont exacerbés ! Que laisserai-je de moi ? De bien ? De mal ? Mon souffle a-t-il servi ? Me revient en mémoire ce jour gris et froid : quittant une réception mondaine et fastueuse nous traversions transis la ville maussade, blafarde ! Les trottoirs jonchés de papiers sales nous contraignaient à de fréquents écarts. Descendant les escaliers de l’imposant pont surplombant les rails du chemin de fer, j’aperçus trois ombres distantes. Je croisais la première au bas de l’escalier. Ni elle, ni les suivantes ne levèrent seulement les yeux.
Depuis longtemps déjà elles avaient dû oublier la couleur du ciel ! De leurs pas lourds et usés je les regardais s’éloigner pesamment, des hardes misérables ficelait leurs corps voûtés,
ils traînaient lourdement leurs fardeaux épuisants constitués de sacs et balluchons témoins de leurs infortunes ! L’une d’elle poussa infructueusement la porte cadenassée qui abhorrait le  ventre de la terre : les couloirs du métro étaient interdits d’accès ! Sans colère ni étonnement l’ombre disparut, frissonnante et recroquevillée, sous le petit crachin sporadique qui bruinait. Je fus honteuse de mes vêtements de pingouins ne provenant pourtant que de la petite confection courante mais qui en disait long sur la fatuité et l’orgueil dans un monde en dérive !
Comment se targuer d’humanité lorsque l’on ne tend plus la main pour secourir les siens ?
Ne sommes-nous tous frères et égaux ? Ce jour, ces trois ombres fugaces n’étaient ni Gaspard, ni Melchior, ni Balthazar : ce n’étaient pas les rois mages ! Pourtant il me semble qu’elles aussi cherchaient leur étoile…

Vivre. Mourir. Pourquoi ? Comment équilibrer la balance entre ceux qui ont tout, ceux qui n’ont rien ? Peut-on éradiquer l’indifférence ? Hier comme demain me semble à des années lumières. Que de temps perdu en de stériles batailles ! Tout à présent me semble dérisoire. L’arbre que j’ai planté… la vie que j’ai transmise… étais-ce judicieux ou insensé ? N’ai-je pas inutilement condamné aux affres que je traverse ces vies que j’ai égoïstement fait éclore ? Semblable à la terre craquelée qui désespère de la bise prometteuse j’aspire à la résurrection. L’une après l’autre la nuit allume des millions d’étoiles scintillantes, resplendissantes.
L’air est lourd du parfum des fleurs qui demain ne refleuriront plus… Il me faut me hâter de vivre ! J’ai peur de dormir. « Le » sablier s’égrène.

Qui sait ? Peut-être après l’ultime instant me volatiliserai-je et deviendrai-je cette fleur complice que toi quidam, cueilleras, caresseras tendrement songeant à ta bien-aimée. 
Après un tendre baiser tu m’effeuilleras : je t’aime, un peu, beaucoup…à l’infini.
Le vent un à un emportera mes pétales : loin très loin l’une de mes graines germera dans un océan de verdure : je renaîtrai et tout recommencera ! Chimères ou réalités ? … Qu’importe.  Ici ou « ailleurs » : je vous aime. C’est mon seul testament.

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Jeudi 16 août 2007
elfe2.gif "Si vous aussi aimez les "roses" prenez-en soin : elles sont fragiles"


Rose pleure. Rose pleure de rage et de dépit. Elle gémit, trépigne! Ses longues plaintes retentissent jusqu'au plus profond de la cave, traversent le salon, les combles du grenier, elles rampent, volent, glissent, percent le toit; effroyables elles écorchent les murs, infiltrent chaque fente, chaque fissure avant de regagner abasourdies la cuisine.
Rose est seule, si seule qu'elle en maudit tous les ingrats, les faux amis, les prometteurs de "bonjour". Elle serre contre son coeur brisé son vieux chat. Tout en hoquetant elle lui parle, confiant au pelage gris sa solitude. Les yeux jaunes se plissent; nonchalante, telle un train languissant de monotonie sur les rails chaotiques et insipides de sa vie, la langue râpeuse consciencieusement lèche les doigts boudinés de Rose qui s'en trouve allez savoir pourquoi réconfortée.
- Ah! mon grelot, toi au moins tu aimes ta "da-dame". Willy, tu te souviens de Willy mon grelot?
Rose soupire à faire fendre les pierres les plus dures et d'une vois stridente frisant l'hystérie poursuit :
- Ah! mon Willy, pourquoi m'as-tu laissé toute seule?
Rose n'essuie même plus les lourdes larmes qui cascadent et s'écrasent sur sa poitrine toute secouée de sanglots. Dans la maison le tic tac monotone de l'horloge rythme misérablement le temps et l'espace, se heurtant au vide immense du silence agonisant. Inéluctablement la demeure délaissée se meurt.
Désoeuvrée, Rose déambule de pièce en pièce sous la garde bienvieillante, certes, mais par la force des choses muette du regard morne des multiples portratits qui couvrent tels des reliques les murs du logis. De ci, de là brûlent des bâtons d'encens. Des bougies colorées déversent sur les icônes vénérées d'un temps révolu, dépassé, leurs volutes parfumées. Depuis longtemps déjà, sournoise, la poussière tapisse le fond des bassines de cuivre. Jadis d'odorantes confitures y mijotaient des heures durant, parfumant avec délice le logis; c'était une valse aromatique perpétuelle : effluves délicieuses de miel et de thym, de cerises et de fraises gorgées de sucre, fragance capiteuse de cannelle ou d'orangeat. La rhubarbe et le cassis rivalisaient aux seules fins d'offrir généreusement la plus exquise quintessence de leurs coeurs. Le clou de girofle s'embrasait de passion pour la vanille. Leur fusion, torride incandescence, enrobait les sucs exaltés, embaumant subtilement de leurs vaporeuses évancescences chaque parcelle du logis.
Aujourd'hui, Rose n'en peut définitivement plus de solitude, elle ne supporte plus le vide de l'absence. Tristement, sa main s'attarde sur les bocaux trop bien alignés : mosaïques de marmelades et confitures, alcools de noix, fruits "fait maison" que nulles petites menottes ne viendront déranger. Nostalgique, elle se remémore le temps béni des repas familiaux si délicieux, à la limite du gargantuesque, oublieux du comptage si stricte et stressant des temps actuels du nombre de calories. C'était une époque où les papilles réclamaient de la générosité où l'opulence olfactive à la limite de l'indécence se répandait sans vergogne tant les jouissances gustatives se succédaient. Plaisir des rois, les déliceuses tartes aux pommes, les cakes aux fruits nappés de chocolat onctueux agrémentaient magistralement la fin des agapes. Ah! le cliquetis des fourchettes et des couteaux, toutes ces petites joies désuètes d'un bonheur simple et quotidien.

                                                                                                             §

Les enfants ont grandis, l'un après l'autre, ils ont quitté le nid. Dans la grande maison désertée, Rose et Willy sans vraiment s'en rendrent compte, ensemble tout doucement ont vieilli. L'hiver le froid semblait plus vif, les saisons racourcissaient graduellement, leurs cheveux gris inexorablement ont définitivement blanchis. Un jour Willy aussi est parti, il repose désormais en paix dans le petit cimetière. Chaque jour, trottinant telle une souris, Rose va garnir la tombe grise de son cher Willy, traquant les poussières de l'oubli et les mauvaises herbes perfides qui s'insinuent le long de la pierre sacrée toute baignée de larmes et de rosée. A l'heure de la retraite bénie, Rose souffre cruellement le manque de son cher compagnon disparu trop tôt.
- Des ingrats, tous des ingrats! Quatre enfants, pas un qui vient me voir, mon p'tit Grelot. Et mes petits enfants : ils ne pensent même pas à leur grand-mère, oubliée la grand-mère, ah! du temps de Willy...

                                                                                                             §

Odeur de souffre. Rose laisse s'embraser le bâtonnet de bois, s'hypnotise à la flamme envoûtante qui danse entre ses doigts. Finalement d'une main tremblante elle ranime ses bougies éteintes.
Rose soupire en contemplant la braise qui se meurt, le joli bois blanc n'est plus qu'un amas de carbone noirci. Rose se dit qu'il en va des choses comme des gens, le temps qui passe inexorablement nous racorni. Elle parcourt du regard l'immensité des pièces désertées, comprimant sans cesse son mouchoir froissé sur ses yeux fatigués, ruisselants. A petits pas, elle se dirige vers la salle de bain. Pour se détendre, Rose prépare minutieusement ses ablutions : huiles essentielles de lavande, sels de bain parfumés. Des rivières bleues aux senteurs marines côtoient de vertes cascades d'eucalyptus, la jaune mélisse d'humeur câline effleure tendrement le shampoing à la camomille insensible à ses charmes qui courtise lui même outrageusement dans la désinvolture la plus totale sporadiquement la noix de coco où l'eau de rose. Si l'eau de cologne lorgne quand à elle le muguet au bout de l'étagère, altières, les crèmes onctueuses fleurées de santal ou de jasmin refusent catégoriquement de s'accoquiner à de vulgaires lotions! Raffermissantes, toniques, hydratantes; parfums de luxe ou carafes issues d'hyper marchés, que de fioles et de flacons!
Plongée dans l'eau parfumée, Rose s'apaise quelque peu, les petites bulles bienfaitrices telles des petits doigts multiples la massent et la soulagent. Le rituel s'achève divinement après s'être enveloppée d'une moelleuse sortie de bain et l'application d'une lotion corporelle. C'est alors qu'horreur, malheur : Rose, croise son regard dans le miroir, ses yeux encore rougis! Immanquablement cette analogie déclenche une nouvelle crise de larmes!

                                                                                                 §

Dans le jardin, ici et là sans craintes les fleurs indolentes se balancent.
- Tu te souviens, Grelot, comme Willy aimait son jardin? Il installait toujours sa chaise longue ici à l'ombre du petiti sapin, auprès des rangées de rosiers, il pouvait y passer des heures : "on est mieux ici qu'en Espagne" disait-il "j'y bronze autant et plus à mes aises dans l'odur du pin, des roses et du jasmin de mon jardin que sous ces plages écrasées de soleil, serré comme une sardine dans sa boîte sur des plages polluées, bondées de touristes!"
Epuisée par tant de chagrins, Rose s'assoupit, elle s'endort d'un sommeil lourd et profond, c'est alors que surgit des brumes vaporeuses de son cerveau une machiavélique idée : elle avait trouvé la solution! Ils allaient regretter tous de l'oublier, de l'abandonner à son misérable sort! Fébrile dès son réveil elle se mit à l'ouvrage. Sans fin, Rose compulsait ses livres, notait des recettes, le rire avait remplacé les larmes, il étincelait, fusait inopportuménement, frais comme une brise de printemps, de l'aube à l'aurore elle trottinait, furetant de ci de là. Grelot, fidèle, recueillait ses confidences...

                                                                                               §

- Parfum, arômes, rhizomes...., fioles...,U..., mixtures..., senteurs....
Dissimulée derrière sa tenture, Mme Zanzibar soulève précautionneusement le pan de son rideau. Elle observe aussi discrètement que possible, Mme Rose, sa voisine. Son manège l'intrigue! Cette fois elle doit agir : cela ne peut plus durer. Mme Zanzibar se saisit du bottin, fébrile elle le compulse, ses doigts noueux glissent le long des lignes et s'arrêtent enfin au milieu d'une xème page.

                                                                                               §


La magie opère. A des lieues de là : le téléphone vrombit, tournoie avant de laisser s'élever une mélodie annonciatrice d'un appel.
                                                                                               §

Péniblement, Annabelle entrouvre les paupières, son regard glisse sur le réveil : 3h10 du matin! La peur l'emporte sur le sommeil, cet appel nocturne ne peut-être que de mauvais augure, elle repousse draps et couvertures et sans perdre de temps à enfiler les douillettes mules aux courbes raffinées qui épousent si bien son délicat petit pied, elle saute hors du lit et se saisit de l'appareil. Sa main à peine refermée sur ce dernier, le voilà qui se dérobe! Il glisse lamentablement sur le sol. Stupéfaite, Annabelle suit sa chute du regard. Le silence s'installe. Annabelle pétrifiée fixe éperdument ce corps privé de vie. Son coeur bat à tout rompre dans sa poitrine. Ses pas s'étouffent dans la moelleuse moquette blanche. D'une main tremblante elle ramasse son téléphone gisant. Ouf! il a conservé le numéro d'appel.
- dring, dring...
- Mme Zanzibar.
- Excusez-moi, Mme. Je crois que vous venez de m'appeler.
- Vous êtes la fille de Mme Rose?
- Oui, vous m'inquiétez...
- Mon dieu, ma p'tite dame, pardonner moi de vous déranger. L'attitude de votre pauvre maman me laisse perplexe, voici plusieurs jours et plusieurs nuits que sans cesse elle va et vient dans son jardin en marmonnant des phrases bizarres et incompréhensi les. Elle me fait peur! En ce moment même elle se promène en chemise de nuit et à la leueur d'une torche, furète entre les herbes! Je crains qu'elle n'ait perdu la raison : les enfants du village déjà se moquent et l'appellent "la sorcière", ils se réunissent et la guettent derrière sa barrière, se cachent dans la haie pour l'observer, lui lancer des quolibets! Quand elle les surprend, elle les chassent mais ils reviennent aussi vite! Que voulez-vous : pour ces petiots, le jeu est amusant. Toutefois, les adultes ne s'en égayent pas. Certains parmi le voisinage ont déjà émis l'idée de faire appel aux autorités....

                                                                                                §

Annabelle secouât énergiquement Jérôme, son mari.
- Vite dépêche toi, il faut partir au plus vite, maman ne va pas bien.
- Ta mère ne va jamais bien! Tu te rends compte de l'heure qu'il est?

                                                                                                 §

Tout au long du chemin, Annabelle ressassa les paroles de Mme Zanzibar.
- Maman ne peut avoir perdu la raison!
- Oh tu sais, ta mère a toujours été un peu bizarre.
Il n'en fallait pas plus pour que l'inquiétude laisse libre place à la colère. Au fil des kilomètres, le ton s'amplifia; heureusement encore un dernier virage et ils seraient arrivés. Lorsque Jérôme serra le frein à main, l'évocation du divorce, de justesse fut évitée! Annabelle se précipita hors du véhicule. Mme Zanzibar l'accueillit sur le pas de porte.
- Enfin, vous voilà! Voyez par vous même! Votre pauvre maman....
Le jardin baignait dans une douce lumière qui provenait des portes fenêtres béantes. Venue d'on ne sait où, perdue dans les ténèbres, la voix de sa mère monologuait une mélopée douce et incompréhensible :
- Odor suavis...Imbuère...Perfudère odoribus... Sublatio animi-Laetitia...Amor...Flos,floris...
Annabelle écarquillait les yeux, sa mère en chemise de nuit, ombre mouvante lançait de bizarres incantations au clair de lune! Annabelle se rapprocha d'elle et sa stupéfaction atteint son paroxysme : Rose tout en marmonnant prenait à tour de rôle des poupées de chiffons, elle les entourait de feuilles et de pétales avant de les redéposer délicatement dans leur berceau d'osier tressé! Il y'avait en tout quatre poupées, l'une d'entre elle de toute évidence symbolisait un garçon. Elle était vétue d'une chemise, d'un pantalon et d'une casquette. La poupée était cousue à un vélo miniature! Les trois autres en plus de leurs jolis jupons blancs étaient parées de robes vaporeuses respectivement bleue, lilas et blanche toutes brodées de fil d'or et de dentelles. Des bâtons d'encens et des bougies parfumées disposées en cercles brûlaient en dégageant des volutes odorantes! La scène était spectaculaire, digne d'un film Hollywoodien. Déjà, sur le trottoir d'en face l'attroupement s'amplifiait. Ahurie, Annabelle se retourna sur Jérôme. Pragmatique, ce dernier contactait sans relâche les membres de la famille à la rescousse.
- Vous comprenez, cette fois ci, vous ne pouvez plus reculez! Mille fois je l'ai déjà dit : il faut la mettre sous tutelle. Ta mère n'est plus responsable de ses actes...
- Jérôme! Comment oses-tu.
Outragée, Annabelle se détourna des importuns spectateurs, se refusant de participer aux commentaires désolbligeants de ces indiscrets curieux "compatissants". Elle franchit la barrière en bois et la referma doucement. Le gravier crissait sous ses pas, le regard des voisins lui brûlait le dos. Annabelle s'approchât doucement de sa mère...
- Annabelle!
Annabelle reconnut avec soulagement la voix de sa soeur. Lorsqu''elle se retourna elle vit avec bonheur qu'ils étaient tous quatre réunis, entre frère et soeurs ils seraient solidaires. Elle se sentit vivement soulagée de ne plus être seule le centre d'attraction. Après un bref conciliabule, ils s'approchèrent précautionneusement de leur mère.
- Maman, voyons que fais-tu?
Rose semblait ne pas s'apercevoir de leurs présences, elle s'activait, chantait de vieilles romances!
- Maman...
- Voyons la mère, qu'est-ce que tu fais? dit son fiston un peu bourru.
- Bien le bonjour messieurs, dames. Police. Que se passe t-il?
- Bonjours messieurs. Soyez tranquilles : tout va bien dit Rose dans un large sourire. Vous ici, mes enfants?
- Allons messieurs, dames : rentrez chez vous y'a rien à voir!... Alors ma p'tite dame. Que se passe t-il?
- Ah! Bonjour René, comment vas-tu? Et ta femme : elle est sortie de clinique?
- Hey, Rose, c'est plutôt toi qui devrais me dire comment tu vas! Tes voisins nous ont appelés, que fais tu dehors à cette heure de la nuit avec toutes ces bougies : tu vas finir par mettre le feu!
- Ah René si tu savais! J'ai de bien méchants enfants : ils ont tendance à oublier leur vieille maman, je suis seule, toujours toute seule!...
De ses plus beaux yeux de Cocker larmoyant, avec des trémolos profonds et vibrants, Rose développa de long en large les griefs accumulés envers les quatre ingrats qui finalement daignaient enfin s'inquiéter de la pauvre malheureuse femme abandonnée qu'elle était!
Penauds, transis de confusion. Accusés arbitraires d'une sentence injuste, les quatre condamnés s'insurgèrent bien inutilement : Rose, superbe de contentement souriait, royalement imperturbable.
- Ah! Mes enfants : quel beau jour que voilà. Je vous respire enfin!
Et tandis que les forces de l'ordre prenaient congé, elle poursuivit :
- Florence, tu nous feras bien un bon gâteau, sers une tasse de café... Jérôme pour une fois rendez vous utile : ma petite voiture : il faudrait..
- Sous tutelle, je vous le dit : il est plus que temps de la mettre sous tutelle...
Et dans une joyeuse cacophonie la maison retrouva sa joie de vivre; que lui importe les cris, les pleurs. Petits ou grands : le bonheur est le sens, l'essence, la quintessence même de sa longue vie.

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Texte libre : echologie


voici mon petit nouveau

echologie
un blog à vocation politique et ça va sans dire
ECOLO



CONTRE LES EXPULSIONS

 

Honnêtement je ne comprends pas le monde dans lequel je vis. Je viens de passer chez Enriqueta et vu son article sur cette famille dont le père accompagné de représentants de la "justice" sont venus enlevés des enfants de leur école pour les emmener dans un centre fermé juste avant de les expulser.

Est ce cela la démocratie?

Et je me dis que nos silences sont coupables, alors aujourd'hui je laisse ici cette place pour le manifester à qui veut l'entendre et pourquoi n'en feriez vous pas autant si vous partager cette opinion? La fatalité n'existe pas il nous appartient d'avoir le courage de nos opinions. Quelles qu'elles soient.



 Je suis pour l'éradication des centres ouverts, des centres fermés, pour l'arrêt des fichiers, de tout ce qui entrave la liberté d'opinion. Je suis pour la liberté d'expression, pour la liberté de circulation, nul n'a le droit de détenir un autre être, de brimer ses droits les plus élémentaires.Les différences sont des richesses et non des entraves.

Blog photo

http://parcours.over-blog.org/

Voilà mon p'tit nouveau! Un blog qui servira à illustrer à l'aide de mon p'tit appareil photo les chemins parcourus :-)
big bisous

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