Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /2008 16:34

La petite fabrique d'écriture nous propose comme thème "le tisserand" illustré magnifiquement par Joëlle Chen.

Chaque fois que je regarde cette peinture le même souvenir s'impose à moi. C'est pourquoi je me décide à vous raconter une histoire vraie et une fictive,
La deuxième indissociable de la première...

Attention pour ceux qui douterait de mon état mental, je vous rassure : il est parfait! ...(enfin, ça ,c'est moi qui le dis ;-)

En 86 (si ma mémoire est bonne - grisounette au secours : c'est toi la reine des dates ;-) j'ai eu un sérieux accident de voiture. Lorsque les pompiers m'ont désincarcérée j'étais inconsciente. Je me suis réveillée dans le couloir, gentiment bordée dans mon lit, alors qu'on m'amenait dans une chambre.
Le médecin se précipite et me pose les questions d'usage :
- "savez-vous ou vous êtes?"...
- euh....
- "Serrez ma main"
(c'est là qu'on regarde avec des yeux d'hibou déconcerté)
- "Vous savez quelle heure il est?".... "Vous avez eu un accident, il est..."

... Une heure de dodo comateux, une heure disparue quelque part on ne sait où...

Franchement j'étais déçue!  J'avais lu ici et là que des personnes inconscientes avaient eu des expériences paranormales, s'étaient retrouvées dans une lumière, un tunnel... et moi, rien!

Le temps passa....

Nous étions invités chez des connaissances. Claude, Carine, Seb, Pascale et Gérald arrivent à la maison et nous partons en groupe. C'était un 21 juillet, le temps était magnifique. Nous voici chez le frère et la belle soeur de Carine et Claude, nous nous installons, prenons l'apéritif (sans alcool pour moi je précise - pas que je dédaigne mais important pour la suite). Nos hôtes nous font visiter leur maison, détaillent les travaux et aménagements entrepris. C'est dans les chambres mansardées que je ressens le premier malaise. Comme il fait chaud (bien que j'adore la chaleur et que pour moi il ne fait jamais trop chaud) je le mets sur son compte.

Tout naturellement après la visite nous passons à table et dégustons nos spaghettis. Au moment de débarasser, j'aide la maîtresse des lieux. Pour la vaisselle nul besoin de petites mains, y a le lave-vaisselle. Elle m'engage donc à visiter le jardin. Comme j'adore le soleil et les jardins, je m'empresse de sortir.  Mon p'tit tour étant fait, je rentre tenir compagnie à madame et c'est là que tout se dégrade...

Nous papotons (enfin essentiellement j'écoute et elle parle ;-) pendant qu'elle range les verres et assiettes dans le lave-vaisselle. Je l'écoute, je l'écoute, je l'écoute...
... Je ne me sens pas bien, polie jusqu'au bout des ongles je demande la permission de m'asseoir après m'être assurée qu'elle ne veut définitivement pas de mon aide
- non, non! les enfants sont là pour m'aider...

Enfant,  j'avais l'habitude de "tomber dans les pommes" je sens la crise arriver...
Bien qu'assise je me sens de plus en plus mal, j'essaie de l'interrompre, mais : elle parle, elle parle, elle parle... à un moment je l'interompt quand même en "marmonant dans du coton" mais elle parle, parle, parle sans entendre mon intervention.

Et c'est là que débute la plus fabuleuse expérience de mon existence. Non, je n'ai pas traverser de tunnel, je n'ai pas vu de lumière blanche. Impatiente comme je suis j'ai du brûler des étapes :-)

Je ne sais comment expliquer cela, j'étais comme au centre d'un noyau. La couleur d'un chaud et lumineux soleil est ce que je peux au mieux décrire. Rira qui voudra et pourtant... J'étais au centre, au centre de l'amour. C'est une sensation inexplicable, il (l'amour) était là tout autour de moi, masse sombre et compacte, palpitante, soyeuse, bruissante, joyeuse, un "tout" "multiple"
Je n'étais pas moi, Je n'étais pas un corps, je ne me voyais même pas, mais je me savais, je sentais les autres, les miens, tout ceux que j'avais aimé, tout ceux dont je n'avais même pas connaissance mais qui faisait partie intégrante de cet amour.
Il n'y a nul mot pour expliquer cet état de béatitude, de bonheur intense, cette sensation d'être un tout. Il n'y avait pas de parole, c'était comme une fusion, une compréhension mutuelle de fait.
Et puis une détresse immense, "l'amour" par "la voie" de ma grand-mère me disait que ce n'était pas le moment, que je devais repartir, que j'avais quelque chose  à faire avant. Je me récriais, je refusais. "L'amour" était toujours là tendre, palpitant, rassurant, intégrant, me disant, m'encourageant à repartir.

A ceux qui sourient déjà : non, je n'étais ni ivre, ni sous l'influence de drogue quelquonque...

Lorsque sous les giffles intenses de ma belle-soeur adorée j'ai repris connaissance je pleurais, j'ai refermé les yeux, Claude s'est écrié "elle repart"... et puis l'ambulance est arrivée... et puis je suis là.

Mais, encore une fois rira toujours qui voudra, je vous assure que je regrette toujours "cet" instant.

Après examens il s'avéra que cet épisode avait été provoqué par le fait que mon coeur bat lentement (au service de réanimation ils ont fini par me débrancher fatigués de venir toutes les trentes secondes parce que la machine stridait).

Je rassure ici qui que ce soit qui en aurait besoin : je vais super bien, ma seule neccessité est de régulièrement faire du sport pour muscler cette "petite pompe délicate".

Je pense souvent à cet "expérience".
Etait-ce réel? Ou comme le prétendent certains scientifiques un état du cerveau se protégeant du stress ou autre ? Franchement je n'ai pas la réponse, ma certitude c'est "qu'avant" j'étais littéralement terrorisée par la mort, j'en avais des sueurs froides. Aujourd'hui je suis sereine.
Le fait est que je ne crois toujours pas en Dieu, du moins pas en un dieu tel qu'on nous le présente.  Mais je suis néanmoins convaincue que nous sommes régis par des forces que nous ne comprenons pas forcément encore. Il n'y a pas si longtemps on taxait d'hérésie ceux qui amenaient des idées progressistes et différentes de celles de l'état ou de l'église (heureusement, ce n'est plus le cas aujourd'hui, du moins : ici).

Je m'interpelle sans fin sur le sens de l'existence, je ne me positionne pas sur les différentes théories, je pense que nous avons tous nos croyances et certitudes et c'est bien ainsi.
Du moins, depuis j'ai appris à être plus tolérante, tout au moins à tendre dans cette voie car nul n'est parfait et sûrement pas moi :-).
Il me reste aussi ce "message" d'avoir "quelque chose à faire avant" sans fin je me demande "quoi?" ça ne peut rien être d'exceptionnel, vu que je fais partie de cette multitude d'être insignifiants... alors chaque jour je tente de vivre en harmonie avec ma petite personne, avec mes convictions, et ce n'est déjà pas si mal.

Ma crainte aujourd'hui n'est plus de mourir mais de ne pas vivre, et je m'en veux chaque fois que je végète, que je perd mon temps dans les labyrinthes de l'existence, je ne veux plus de guerres stériles car nous n'avons qu'une vie (en principe). Chaque minute, chaque seconde est un trésor irremplaçable que nous ne pouvons nous permettre de gaspiller.
Nous sommes tous tisserants de la trame du fil du destin...


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Commentaires

Merci de paratager cela avec nous, je lis d'autant plus intéressée que c'ets un questionnement qui est remonté pour moi à la faveur de la peitite communion de mon filleul. Personne ne sait ce qu'il y a parès, mais tu es désromais seraine et tu as compris la nécessité de croquer... je pense que ces enseignements valaient à eux seuls ce petit trajet en ambulance ;-) Bises.
Commentaire n°1 posté par pandora le 12/05/2008 à 14h59
Superbe texte et jolie conclusion...Tout à fait en accord avec ta réflexion finale aussi :) Merci
Commentaire n°2 posté par Koroffstrogov le 11/05/2008 à 14h35
Tous tes mots sont justes ! Ils traduisent fidèlement mes émotions, et je me sens si toi, si « Fabien » ! Fayçal
Commentaire n°3 posté par salaheddine bouchouk ton ami le 11/05/2008 à 13h41
J'ai déjà entendu parler de ce phénomène à la télé mais ton histoire est vraiment étonnante. Heureuse que tout ce soit bien terminé
Commentaire n°4 posté par scoobydu41 le 11/05/2008 à 12h30
belle aventure ,mais je préfère te garder près de moi belle fête des mères ma jolie fleurs des champs gros biiiisous
Commentaire n°5 posté par mimiche le 11/05/2008 à 08h31
quelle merveilleuse aventure... Je pense que nous sommes les tisserands du fil de notre vie, mais je pense aussi que notre destin est déjà tout tracé, en ce qui concerne l'heure de notre mort... Bisous fab.
Commentaire n°6 posté par Babeth le 11/05/2008 à 01h02
merci de nous faire partager ton expérience que je crois bien réelle...Elle te permet d'être plus sereine et plus désireuse de vivre la vie dans toute sa beauté...moi aussi,ce n'est pas la mort qui m'effraie mais la peur de ne pas vivre assez
Commentaire n°7 posté par gazou le 10/05/2008 à 22h06
Superbe expérience, et tu n'es pas insignifiante, puisque ici tu fais signe. C'est fort. Bisous.
Commentaire n°8 posté par polly le 10/05/2008 à 20h48
Alors je n'ajoute rien, car je ne le peux tant je reste émue avec la conclusion, qui éclate comme un fil auquel notre vie tient , celle de la trame très, très beau !
Commentaire n°9 posté par Lilounette le 10/05/2008 à 18h56

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Voilà mon p'tit nouveau! Un blog qui servira à illustrer à l'aide de mon p'tit appareil photo les chemins parcourus :-)
big bisous

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