Mardi 1 janvier 2008
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22:56
- merci les abeilles! Z'êtes vraiment chouettes les filles!
- bzzzz, bzzzz, bzzzz, de rien Eve, ravies de te rendre service.
Eve agitta gracieusement sa menotte en guise d'au revoir à ses amies ailées. Elle suspendit ensuite une bouteille à chaque fleur de l'oranger. Après moultes mutations et douces alchimies, elles se
transformeraient rapidement en un délicieux nectar dont Adam en compagnie de tous les animaux de la création ainsi qu'elle même s'ennivreraient jour après jour, nuit après nuit, encore et encore. A
l'infini!
- Eve?
- Oui, serpent?
- Pourquoi ne cueilles-tu donc pas plutôt une pomme?
- Ne recommence pas, serpent! Tu sais que c'est interdit!
-Mais Eve! Tu n'es pas heureuse ici... tu pourrais te libérer de ce "paradis" siffla t-il doucement.
- J'appartiens à ce monde. Ici, tout est paix et harmonie.
- Qu'en sais-tu? Il te faudrait connaître la douleur pour savoir le bonheur; la nuit pour connaître la lumière; la brûlure du soleil pour apprécier le chant de la cascade, la musique du ruisseau;
le désert pour goûter à l'herbe fraîche baignée de rosée! Ô Eve, tu te saoules d'anhydre mais tu n'y pourras jamais étancher ta soif! Sans fin tu t'ennivres mais tu ne sais rien de l'ivresse de
deux corps qui s'enflamme, de deux âmes qui se cherchent, se trouvent, se fondent et se confondent...
- Suffit serpent! Nous avons déjà eu mille et mille fois eu cette stérile discution.
- Stérile : nous y voilà! Tu aurais des enfants..
- Je suis née d'une côte d'Adam, je fais partie de lui...
- Mais pas lui de toi. A quoi te sers l'éternité si c'est pour polleniser des fleurs et vous ennivres? Libère toi, ouvre ta cage!
- Ici, je n'ai jamais faim, jamais froid. la nuit jamais ne tombera. La gazelle et le lion se cotoient, nulle menace jamais ne sera... Je suis la côte d'Adam, l'oranger nous suffit.
- Oh Eve! soupira le serpent : tu es certes née d'une côte d'Adam, mais tu pourrais être la mer, "la" mère au lieu d'être l'amer! Tu pourrais t'ouvrir à l'horizon...
- Laisse moi, serpent. Il est temps que je rejoigne Adam : ma nouvelle cuvée est fin prête. Si tu veux, je te convie à prendre un verre.
Joignant le geste à la parole, elle absorba de larges rasades. D'un pas chaloupé, Eve trébucha jusqu'à Adam. Dès lors, de mains en pattes, de pattes en griffes, de griffes en mains et
inversément l'eau de vie circulât.
- Eve! Je t'en supplie : cueilles une pomme! Ennivre toi de la vie, cesse d'être une alcoolique!
Eve porta la jarre à ses lèvres. Le nectar ambré coula le long de son menton, ruissela sur sa gorge sans qu'elle songe seulement à s'essuyer; elle n'en avait cure, son regard absent déjà trahissait
l'ennivrement.
- A dieu, Eve. Je reviendrai une autre foi(s).
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Publié dans : à méditer!
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