Vendredi 28/09/07 - Mots imposés de ANGELINE
Pour varier un peu sur ce genre d'exercices, ce sont cette fois 15 mots qui vous sont proposés. Vous pouvez toujours si vous le souhaiter conjuguer les verbes, et jouer sur le
pluriel et le féminin. Il vous est demandé d'utiliser au minimum 10 mots parmi les 15 pour composer votre texte (qui peut être du genre que vous souhaitez, poésie, nouvelle, théatre...), l'idéal
étant évidemment de réussir à utiliser les 15.
mur / début / icarien / bleu / tiraillement germon / obligeance / enclave / encombrer / hermine pif / lytique / kidnapping / progrès / rousseur
Monsieur "M"
Etendu sur le mur jouxtant la propriété « les flots bleus », un Icarien antipodiste, sous le
ciel azuré de la mer Egée, avec obligeance exécutait pour le plus grand bonheur des badauds réuni en cette douce soirée, des exercices acrobatiques d’une adresse inouïe. Ses
longues jambes fuselées dessinaient des arabesques dans le soleil couchant et les sphères argentées qui dansaient au bout de ses pieds semblaient dès lors de célestes étoiles capturées pour le
bonheur des quidams.
De sa bulle il écoutait amusé les commentaires des spectateurs. L’artiste se savait néophyte : être jugé ne le troublait guère. Au contraire, les yeux plissés de cette si jolie dame qui le
jaugeait en catimini le stimulait plutôt ! Sinon, son public se composait habituellement de touristes, ou encore des enfants des pêcheurs. Les plus incommodants étaient sans conteste
les patriarches retraités installés au coin du bar tabac qui tout en le lorgnant distraitement entre deux batailles de cartes tuaient le temps en lampant bruyamment la liqueur locale.
- C’est vrai qu’elle est belle avec son hermine négligemment enroulée autour de son cou gracile: observa t- il. Elle ressemble à une comtesse russe Et puis cette façon divine qu’elle a de porter à ses lèvres son porte-cigarette…hum, elle est d’une élégance troublante !
L’équilibriste sourit béatement : quelle chance ! Si j’osais je l’inviterai à promener langoureusement enlacés… se prit-il à rêver.
La comtesse Romaneska observait attentivement le jeune homme depuis ses débuts sans qu’il l’ait à ce jour remarqué.
- Il n’y a pas de doute il a fait d’énormes progrès. Il est au sommet de sa gloire. Avez-vous terminé le nouvel aménagement de l’enclave ? dit-elle à l’homme dissimulé derrière les combrières abritant les cageots imbibés de lymphe.
Un pif épaté et rougeaud trônait insolemment au milieu d’une face rubiconde toute constellée de tâches de rousseur, l’homme lâcha un rire gras et poursuivit :
- Wouais, m’dame. C’est pour quand au juste vo’t kidnapping ?
La comtesse porta subrepticement un mouchoir imprégné d’essence de Guerlain contre sa gorge palpitante. Son petit nez froncé exprima mieux que des mots toute
la répugnance que la belle portait à son homme de main. Dieu, que cette proximité avec la populace m’insupporte ! Cette racaille fleure le germon ! Soupira t’elle
intérieurement. Heureusement, monsieur « M » gratifie généreusement mes services !
Dédaigneux, son gracile bras ganté de soie rouge s’éleva légèrement dans l’air parfumé des fleurs agonisantes de cette fin de journée.
- Vous pourrez y procéder dès que je vous ferai parvenir le lytique. Un « ami » médecin doit me le faire parvenir d’ici peu.
La comtesse sourit subrepticement en se remémorant les dérisoires états d’âme rapidement aliénables du vertueux praticien. Les pitoyables
tiraillements que l’éthique de sa position professionnelle lui imposait n’avaient points offerts de réelles résistances à la rétribution prodigue du
généreux mécène que représentait monsieur « M »! Décidément, tout est négociable !
Il n’y a aucun doute : cet baladin enrichira la collection de « M ». Je ne comprendrais jamais pourquoi il tient à s’encombrer de cette faune hétéroclite.
Parez-moi de fourrures, de diamants,… je ne m’en lasse. À chacun ses petites manies !
Discrètement suivie telle une ombre fidèle et maléfique par son homme de main, la comtesse se fondit dans la nuit.
Le jour où le jeune baladin disparut personne ne s’en ému ! Il n’eut même pas droit à un entrefilet dans le journal local. Les touristes étaient rentrés chez eux, les enfants de pêcheurs jouaient aux billes, et les ancêtres perduraient leurs jeux de cartes en s’imbibant généreusement le gosier.
Seul le vent et le sable murmurent encore cette histoire aux fleurs délicatement baignées de rosée. Mais ces sottes s’égosillent ! On ne peut leur en vouloir, qui d’ailleurs prendrait au sérieux la folie inimaginable d’un collectionneur hors catégorie qui dans un écrin de verdure garderait jalousement : une cantatrice, un champion médaillé d’or aux jeux olympiques, un(e) recordman(e) aux 100, 200, 400 mètres, des poètes, un prix Nobel…un icarien…
Et pourtant : de sa cage attribuée par un fou argenté, il s’égosille désespéré :
- Au secours ! A l’aide !...
Et les larmes coulent sur ses joues glacées. Ses doigts transis l’abandonnent à leur tour et il tombe à genoux. Plus loin, ses compagnons d’infortune hochent la tête se souvenant de ce parcours initiatique qu’ils ont eux aussi traversé dans la glaciale solitude d’une prison dorée.
Si ce n’est d’une évanescente comtesse russe déambulant au bras de monsieur "M", leurs cris déchirants perdus dans une enclave de verdure, ne furent jamais entendus !
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big bisous, fabienne
big bisous, fabienne