Jeudi 16 août 2007 4 16 /08 /2007 09:06
elfe2.gif "Si vous aussi aimez les "roses" prenez-en soin : elles sont fragiles"


Rose pleure. Rose pleure de rage et de dépit. Elle gémit, trépigne! Ses longues plaintes retentissent jusqu'au plus profond de la cave, traversent le salon, les combles du grenier, elles rampent, volent, glissent, percent le toit; effroyables elles écorchent les murs, infiltrent chaque fente, chaque fissure avant de regagner abasourdies la cuisine.
Rose est seule, si seule qu'elle en maudit tous les ingrats, les faux amis, les prometteurs de "bonjour". Elle serre contre son coeur brisé son vieux chat. Tout en hoquetant elle lui parle, confiant au pelage gris sa solitude. Les yeux jaunes se plissent; nonchalante, telle un train languissant de monotonie sur les rails chaotiques et insipides de sa vie, la langue râpeuse consciencieusement lèche les doigts boudinés de Rose qui s'en trouve allez savoir pourquoi réconfortée.
- Ah! mon grelot, toi au moins tu aimes ta "da-dame". Willy, tu te souviens de Willy mon grelot?
Rose soupire à faire fendre les pierres les plus dures et d'une vois stridente frisant l'hystérie poursuit :
- Ah! mon Willy, pourquoi m'as-tu laissé toute seule?
Rose n'essuie même plus les lourdes larmes qui cascadent et s'écrasent sur sa poitrine toute secouée de sanglots. Dans la maison le tic tac monotone de l'horloge rythme misérablement le temps et l'espace, se heurtant au vide immense du silence agonisant. Inéluctablement la demeure délaissée se meurt.
Désoeuvrée, Rose déambule de pièce en pièce sous la garde bienvieillante, certes, mais par la force des choses muette du regard morne des multiples portratits qui couvrent tels des reliques les murs du logis. De ci, de là brûlent des bâtons d'encens. Des bougies colorées déversent sur les icônes vénérées d'un temps révolu, dépassé, leurs volutes parfumées. Depuis longtemps déjà, sournoise, la poussière tapisse le fond des bassines de cuivre. Jadis d'odorantes confitures y mijotaient des heures durant, parfumant avec délice le logis; c'était une valse aromatique perpétuelle : effluves délicieuses de miel et de thym, de cerises et de fraises gorgées de sucre, fragance capiteuse de cannelle ou d'orangeat. La rhubarbe et le cassis rivalisaient aux seules fins d'offrir généreusement la plus exquise quintessence de leurs coeurs. Le clou de girofle s'embrasait de passion pour la vanille. Leur fusion, torride incandescence, enrobait les sucs exaltés, embaumant subtilement de leurs vaporeuses évancescences chaque parcelle du logis.
Aujourd'hui, Rose n'en peut définitivement plus de solitude, elle ne supporte plus le vide de l'absence. Tristement, sa main s'attarde sur les bocaux trop bien alignés : mosaïques de marmelades et confitures, alcools de noix, fruits "fait maison" que nulles petites menottes ne viendront déranger. Nostalgique, elle se remémore le temps béni des repas familiaux si délicieux, à la limite du gargantuesque, oublieux du comptage si stricte et stressant des temps actuels du nombre de calories. C'était une époque où les papilles réclamaient de la générosité où l'opulence olfactive à la limite de l'indécence se répandait sans vergogne tant les jouissances gustatives se succédaient. Plaisir des rois, les déliceuses tartes aux pommes, les cakes aux fruits nappés de chocolat onctueux agrémentaient magistralement la fin des agapes. Ah! le cliquetis des fourchettes et des couteaux, toutes ces petites joies désuètes d'un bonheur simple et quotidien.

                                                                                                             §

Les enfants ont grandis, l'un après l'autre, ils ont quitté le nid. Dans la grande maison désertée, Rose et Willy sans vraiment s'en rendrent compte, ensemble tout doucement ont vieilli. L'hiver le froid semblait plus vif, les saisons racourcissaient graduellement, leurs cheveux gris inexorablement ont définitivement blanchis. Un jour Willy aussi est parti, il repose désormais en paix dans le petit cimetière. Chaque jour, trottinant telle une souris, Rose va garnir la tombe grise de son cher Willy, traquant les poussières de l'oubli et les mauvaises herbes perfides qui s'insinuent le long de la pierre sacrée toute baignée de larmes et de rosée. A l'heure de la retraite bénie, Rose souffre cruellement le manque de son cher compagnon disparu trop tôt.
- Des ingrats, tous des ingrats! Quatre enfants, pas un qui vient me voir, mon p'tit Grelot. Et mes petits enfants : ils ne pensent même pas à leur grand-mère, oubliée la grand-mère, ah! du temps de Willy...

                                                                                                             §

Odeur de souffre. Rose laisse s'embraser le bâtonnet de bois, s'hypnotise à la flamme envoûtante qui danse entre ses doigts. Finalement d'une main tremblante elle ranime ses bougies éteintes.
Rose soupire en contemplant la braise qui se meurt, le joli bois blanc n'est plus qu'un amas de carbone noirci. Rose se dit qu'il en va des choses comme des gens, le temps qui passe inexorablement nous racorni. Elle parcourt du regard l'immensité des pièces désertées, comprimant sans cesse son mouchoir froissé sur ses yeux fatigués, ruisselants. A petits pas, elle se dirige vers la salle de bain. Pour se détendre, Rose prépare minutieusement ses ablutions : huiles essentielles de lavande, sels de bain parfumés. Des rivières bleues aux senteurs marines côtoient de vertes cascades d'eucalyptus, la jaune mélisse d'humeur câline effleure tendrement le shampoing à la camomille insensible à ses charmes qui courtise lui même outrageusement dans la désinvolture la plus totale sporadiquement la noix de coco où l'eau de rose. Si l'eau de cologne lorgne quand à elle le muguet au bout de l'étagère, altières, les crèmes onctueuses fleurées de santal ou de jasmin refusent catégoriquement de s'accoquiner à de vulgaires lotions! Raffermissantes, toniques, hydratantes; parfums de luxe ou carafes issues d'hyper marchés, que de fioles et de flacons!
Plongée dans l'eau parfumée, Rose s'apaise quelque peu, les petites bulles bienfaitrices telles des petits doigts multiples la massent et la soulagent. Le rituel s'achève divinement après s'être enveloppée d'une moelleuse sortie de bain et l'application d'une lotion corporelle. C'est alors qu'horreur, malheur : Rose, croise son regard dans le miroir, ses yeux encore rougis! Immanquablement cette analogie déclenche une nouvelle crise de larmes!

                                                                                                 §

Dans le jardin, ici et là sans craintes les fleurs indolentes se balancent.
- Tu te souviens, Grelot, comme Willy aimait son jardin? Il installait toujours sa chaise longue ici à l'ombre du petiti sapin, auprès des rangées de rosiers, il pouvait y passer des heures : "on est mieux ici qu'en Espagne" disait-il "j'y bronze autant et plus à mes aises dans l'odur du pin, des roses et du jasmin de mon jardin que sous ces plages écrasées de soleil, serré comme une sardine dans sa boîte sur des plages polluées, bondées de touristes!"
Epuisée par tant de chagrins, Rose s'assoupit, elle s'endort d'un sommeil lourd et profond, c'est alors que surgit des brumes vaporeuses de son cerveau une machiavélique idée : elle avait trouvé la solution! Ils allaient regretter tous de l'oublier, de l'abandonner à son misérable sort! Fébrile dès son réveil elle se mit à l'ouvrage. Sans fin, Rose compulsait ses livres, notait des recettes, le rire avait remplacé les larmes, il étincelait, fusait inopportuménement, frais comme une brise de printemps, de l'aube à l'aurore elle trottinait, furetant de ci de là. Grelot, fidèle, recueillait ses confidences...

                                                                                               §

- Parfum, arômes, rhizomes...., fioles...,U..., mixtures..., senteurs....
Dissimulée derrière sa tenture, Mme Zanzibar soulève précautionneusement le pan de son rideau. Elle observe aussi discrètement que possible, Mme Rose, sa voisine. Son manège l'intrigue! Cette fois elle doit agir : cela ne peut plus durer. Mme Zanzibar se saisit du bottin, fébrile elle le compulse, ses doigts noueux glissent le long des lignes et s'arrêtent enfin au milieu d'une xème page.

                                                                                               §


La magie opère. A des lieues de là : le téléphone vrombit, tournoie avant de laisser s'élever une mélodie annonciatrice d'un appel.
                                                                                               §

Péniblement, Annabelle entrouvre les paupières, son regard glisse sur le réveil : 3h10 du matin! La peur l'emporte sur le sommeil, cet appel nocturne ne peut-être que de mauvais augure, elle repousse draps et couvertures et sans perdre de temps à enfiler les douillettes mules aux courbes raffinées qui épousent si bien son délicat petit pied, elle saute hors du lit et se saisit de l'appareil. Sa main à peine refermée sur ce dernier, le voilà qui se dérobe! Il glisse lamentablement sur le sol. Stupéfaite, Annabelle suit sa chute du regard. Le silence s'installe. Annabelle pétrifiée fixe éperdument ce corps privé de vie. Son coeur bat à tout rompre dans sa poitrine. Ses pas s'étouffent dans la moelleuse moquette blanche. D'une main tremblante elle ramasse son téléphone gisant. Ouf! il a conservé le numéro d'appel.
- dring, dring...
- Mme Zanzibar.
- Excusez-moi, Mme. Je crois que vous venez de m'appeler.
- Vous êtes la fille de Mme Rose?
- Oui, vous m'inquiétez...
- Mon dieu, ma p'tite dame, pardonner moi de vous déranger. L'attitude de votre pauvre maman me laisse perplexe, voici plusieurs jours et plusieurs nuits que sans cesse elle va et vient dans son jardin en marmonnant des phrases bizarres et incompréhensi les. Elle me fait peur! En ce moment même elle se promène en chemise de nuit et à la leueur d'une torche, furète entre les herbes! Je crains qu'elle n'ait perdu la raison : les enfants du village déjà se moquent et l'appellent "la sorcière", ils se réunissent et la guettent derrière sa barrière, se cachent dans la haie pour l'observer, lui lancer des quolibets! Quand elle les surprend, elle les chassent mais ils reviennent aussi vite! Que voulez-vous : pour ces petiots, le jeu est amusant. Toutefois, les adultes ne s'en égayent pas. Certains parmi le voisinage ont déjà émis l'idée de faire appel aux autorités....

                                                                                                §

Annabelle secouât énergiquement Jérôme, son mari.
- Vite dépêche toi, il faut partir au plus vite, maman ne va pas bien.
- Ta mère ne va jamais bien! Tu te rends compte de l'heure qu'il est?

                                                                                                 §

Tout au long du chemin, Annabelle ressassa les paroles de Mme Zanzibar.
- Maman ne peut avoir perdu la raison!
- Oh tu sais, ta mère a toujours été un peu bizarre.
Il n'en fallait pas plus pour que l'inquiétude laisse libre place à la colère. Au fil des kilomètres, le ton s'amplifia; heureusement encore un dernier virage et ils seraient arrivés. Lorsque Jérôme serra le frein à main, l'évocation du divorce, de justesse fut évitée! Annabelle se précipita hors du véhicule. Mme Zanzibar l'accueillit sur le pas de porte.
- Enfin, vous voilà! Voyez par vous même! Votre pauvre maman....
Le jardin baignait dans une douce lumière qui provenait des portes fenêtres béantes. Venue d'on ne sait où, perdue dans les ténèbres, la voix de sa mère monologuait une mélopée douce et incompréhensible :
- Odor suavis...Imbuère...Perfudère odoribus... Sublatio animi-Laetitia...Amor...Flos,floris...
Annabelle écarquillait les yeux, sa mère en chemise de nuit, ombre mouvante lançait de bizarres incantations au clair de lune! Annabelle se rapprocha d'elle et sa stupéfaction atteint son paroxysme : Rose tout en marmonnant prenait à tour de rôle des poupées de chiffons, elle les entourait de feuilles et de pétales avant de les redéposer délicatement dans leur berceau d'osier tressé! Il y'avait en tout quatre poupées, l'une d'entre elle de toute évidence symbolisait un garçon. Elle était vétue d'une chemise, d'un pantalon et d'une casquette. La poupée était cousue à un vélo miniature! Les trois autres en plus de leurs jolis jupons blancs étaient parées de robes vaporeuses respectivement bleue, lilas et blanche toutes brodées de fil d'or et de dentelles. Des bâtons d'encens et des bougies parfumées disposées en cercles brûlaient en dégageant des volutes odorantes! La scène était spectaculaire, digne d'un film Hollywoodien. Déjà, sur le trottoir d'en face l'attroupement s'amplifiait. Ahurie, Annabelle se retourna sur Jérôme. Pragmatique, ce dernier contactait sans relâche les membres de la famille à la rescousse.
- Vous comprenez, cette fois ci, vous ne pouvez plus reculez! Mille fois je l'ai déjà dit : il faut la mettre sous tutelle. Ta mère n'est plus responsable de ses actes...
- Jérôme! Comment oses-tu.
Outragée, Annabelle se détourna des importuns spectateurs, se refusant de participer aux commentaires désolbligeants de ces indiscrets curieux "compatissants". Elle franchit la barrière en bois et la referma doucement. Le gravier crissait sous ses pas, le regard des voisins lui brûlait le dos. Annabelle s'approchât doucement de sa mère...
- Annabelle!
Annabelle reconnut avec soulagement la voix de sa soeur. Lorsqu''elle se retourna elle vit avec bonheur qu'ils étaient tous quatre réunis, entre frère et soeurs ils seraient solidaires. Elle se sentit vivement soulagée de ne plus être seule le centre d'attraction. Après un bref conciliabule, ils s'approchèrent précautionneusement de leur mère.
- Maman, voyons que fais-tu?
Rose semblait ne pas s'apercevoir de leurs présences, elle s'activait, chantait de vieilles romances!
- Maman...
- Voyons la mère, qu'est-ce que tu fais? dit son fiston un peu bourru.
- Bien le bonjour messieurs, dames. Police. Que se passe t-il?
- Bonjours messieurs. Soyez tranquilles : tout va bien dit Rose dans un large sourire. Vous ici, mes enfants?
- Allons messieurs, dames : rentrez chez vous y'a rien à voir!... Alors ma p'tite dame. Que se passe t-il?
- Ah! Bonjour René, comment vas-tu? Et ta femme : elle est sortie de clinique?
- Hey, Rose, c'est plutôt toi qui devrais me dire comment tu vas! Tes voisins nous ont appelés, que fais tu dehors à cette heure de la nuit avec toutes ces bougies : tu vas finir par mettre le feu!
- Ah René si tu savais! J'ai de bien méchants enfants : ils ont tendance à oublier leur vieille maman, je suis seule, toujours toute seule!...
De ses plus beaux yeux de Cocker larmoyant, avec des trémolos profonds et vibrants, Rose développa de long en large les griefs accumulés envers les quatre ingrats qui finalement daignaient enfin s'inquiéter de la pauvre malheureuse femme abandonnée qu'elle était!
Penauds, transis de confusion. Accusés arbitraires d'une sentence injuste, les quatre condamnés s'insurgèrent bien inutilement : Rose, superbe de contentement souriait, royalement imperturbable.
- Ah! Mes enfants : quel beau jour que voilà. Je vous respire enfin!
Et tandis que les forces de l'ordre prenaient congé, elle poursuivit :
- Florence, tu nous feras bien un bon gâteau, sers une tasse de café... Jérôme pour une fois rendez vous utile : ma petite voiture : il faudrait..
- Sous tutelle, je vous le dit : il est plus que temps de la mettre sous tutelle...
Et dans une joyeuse cacophonie la maison retrouva sa joie de vivre; que lui importe les cris, les pleurs. Petits ou grands : le bonheur est le sens, l'essence, la quintessence même de sa longue vie.

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Voilà mon p'tit nouveau! Un blog qui servira à illustrer à l'aide de mon p'tit appareil photo les chemins parcourus :-)
big bisous

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