Dimanche 25 janvier 2009
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En ce début d'après-midi, une colère froide m'a envahie. Dites-vous bien que lorsque mon regard s'assombrit cela
n'augure rien de bon.
Les week-end je preste quelques heures dans un home. Le travail en lui-même n'a rien de pénible. Le plus difficile c'est l'investissement émotionnel. Il y a près de six mois, lorsque je suis
arrivée, j'avais l'impression que les trois quart des résidents étaient sourds-muets tant ils étaient enfermés dans leur bulle. Et puis au fur et à mesure nous nous sommes apprivoisés tant
et si bien qu'aujourd'hui les sourires et les petits mots gentils fleurissent. Ca me touche lorsque l'un d'entre eux m'appellent "mon petit", il y a aussi ceux qui s'empressent de ramasser leurs
assiettes pour me faciliter la tâche et sont tout heureux que je les en remercie. Sans compter cette dame dont tout le monde évite les coups de canne imtempésifs, il y a deux semaines de son ton
bourru elle me dit "attendez!" et saisit ma main, là je me dis : ouille, ouille, ouille c'est mon tour :-( et puis elle m'a secouée en me disant: "vous, vous êtes gentille c'est pas comme les
autres, eux ils font semblant mais pas vous..." j'étais émue :-) d'autant plus que l'action n'étant pas passée inaperçue, j'ai eu droit à mon laïus à plus d'une table.
Ce n'est pas la première fois qu'une situation me choque, loin de moi l'idée de dire ou d'insinuer que les personnes sont mal considérées ou maltraitées, bien sur le personnel est agréable et
compétent, mais il y a des moments où il m'est impossible de me taire où de faire semblant de rien. Ainsi il y a peu de temps après une "altercation" entre collègue j'avais rétorquer que celui
qui n'était pas content n'avait qu'à me donner mon congé, je ne me tairais pas pour les 4,10€/h que je perçois, qu'à ce tarif ils trouvent quelqu'un pour venir travailler les week-end ça court
pas les rues et de toutes façon que m'importe.
Pourquoi à cet instant m'être emportée? Il y a des personnes qui éprouvent des difficultés à manger seule, l'une d'entre elle tremblait tellement qu'elle n'arrivait plus à prendre avec
ses couverts la nourriture où alors celle ci atterrissait soit au sol, soit sur elle, (imaginer les liquides..) lorsque j'en fis la réflexion l'on me rétorqua "on ne peut pas commencer comme ça,
et puis on ne peut pas, les personnes qui ne sont plus capables restent dans leur chambre..." moi les "on peut pas" je connais pas! Alors je laisse pas un être digne de ce nom se débattre devant
son assiette ou mourrir de faim devant elle. La deuxième source de conflit vint du fait que lorsque l'on remonte les personnes dans leurs chambres il faut les laisser là et elles attendent... ça
non plus je ne peux pas si l'une d'entre elle veut aller dans son fauteuil et bien je l'aide, je soulève les cales pieds, approche la chaise roulante au plus près de son fauteuil,
met les freins, et attends qu'elle soit bien installée, si elle le désire je lui dispose sa table, sa télécommande, ouvre, ferme rideaux et fenêtres, lui souhaite un bon après-midi et dès lors
dispose.
C'est ainsi qu'en ramenant une résidente à l'étage, une autre m'appelle alors que je passe devant sa chambre. Je l'ai trouvée toute tremblante. Visiblement, en voulant s'asseoir seule dans son
fauteuil elle avait renverser les objets se trouvant sur la table, son sac à main qu'elle tient toujours précieusement lui aussi était au sol et elle était à moitié effondrée en tentant de
rattraper le tout. Je l'ai réinstallée et ai récupéré ses effets, elle pleurait alors j'ai voulu la rassurer en lui disant que ce n'était rien, elle s'excusait sans fin, je lui dit que ce n'était
rien, que cela ne me dérangeait pas, qu'il n'y avait pas de mal, la pauvre ne pouvait plus s'arrêter de trembler et de pleurer "vous comprenez madame, je n'y arrive plus.." je ne savais pas
comment la calmer, j'étais désarçonnée, finalement comme à un enfant qu'on console je lui ai carressée la joue. Elle a finit par se calmer un peu...
Voici d'où vient ma colère, de l'insensibilité. Bien sur c'est difficile jours après jours d'être toujours disponible et présent, bien sûr c'est un travail harassant et répétitif, bien sûr ces
personnes souvent souffrent de handicaps lourds, bien sûr elles sont souvent incontinentes, mais bon sang qu'on soit infirmier(e), médeçin(s), professeurs, où derrière un bureau à gérer des cas
administratifs est il utile de laisser sa conscience où sont coeur chez soi? Et si l'on se disait simplement : cet homme, cette femme, cet enfant devant moi pourrait être mon père, mon frère, mon
fils, ma mère, ma soeur, ma nièce, ma fille, et si l'on se disait un jour "il/elle" pourrait être "moi". Est-ce que j'apprécierai qu'on le (me) traite ainsi?
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